Regards kaléidoscopiques sur notre temps, expériences à vivre, installations immersives, les quatre propositions des lauréats Audi talents 2017 Anne Horel, Emmanuel Lagarrigue, Hugo L’ahelec et Eric Minh Cuong Castaing dessinent les contours hybrides d’une création contemporaine vive. Après une première exposition au Palais de Tokyo du 22 juin au 14 juillet 2018, elles sont présentées à La Friche la Belle de Mai, à Marseille, du 2 septembre au 14 octobre.

Commissariat : Gaël Charbau

Palais de Tokyo
Du 22 juin au 14 juillet 2018 – vernissage le 21 juin
13, avenue du Président Wilson 75116 Paris
Tous les jours sauf le mardi, de midi à minuit
www.palaisdetokyo.com

Friche la Belle de Mai
Du 2 septembre au 14 octobre 2018 – vernissage le 1er septembre
41 rue Jobin – 13003 Marseille
De 14h à 19h du mercredi au vendredi et à partir de 13h le samedi et dimanche
www.lafriche.org

On y réinventent les rites, on y danse avec les dieux, on y monte sur scène avec les acteurs, on y fait un tour du monde des sensibilités digitales. Le théâtre rencontre les arts plastiques, la danse, les arts numériques, le sacré, le divertissement, la vidéo, les installations, la nature, des pixels…  Artistes pluriels, Anne Horel, Emmanuel Lagarrigue, Hugo L’ahelec et Eric Minh Cuong Castaing proposent dans ces Chroniques Parallèles quatre expériences généreuses d’art total, abolissant les frontières entre les media, les disciplines, le spectateur et l’artiste.
Gaël Charbau, commissaire de l’exposition, nous les présente.
« Dans leur face à face, les quatre projets révèlent des territoires communs, en particulier ce besoin exprimé par les créateurs actuels d’atteindre et de dépasser les limites de leur medium. Dans electronic city, Emmanuel Lagarrigue, dont le travail est souvent adossé à une exploration plastique du langage, a voulu transposer la pièce de Falk Richter dans l’espace et le temps de l’exposition : plutôt qu’une confrontation « classique » entre des spectateurs et une scène, le public est ici invité à entrer au cœur de la scénographie, déambulant librement au milieu de l’œuvre. Dans ://[aʃtag], Anne Horel, qui se définit elle-même comme une « artiste des réseaux sociaux », a choisi de mettre en scène dans une forme d’abécédaire les messages et les créations d’artistes digitaux auxquels elle a confié le soin de nous donner leur singulière perception du monde. Le plasticien Hugo L’ahelec développe dans The Death Show une série de sculptures et d’installations ayant pour thème l’apparente dualité entre le rituel et le spectacle, dans une ambitieuse entreprise de mise en scène contemporaine de la mort. Enfin, le chorégraphe Eric Minh Cuong Castaing nous présente dans L’Âge d’Or, un film saisissant retraçant l’aventure chorégraphique dans laquelle il a rendu possible, durant de nombreux mois, la rencontre entre des danseurs professionnels et des enfants handicapés. »

://[aʃtag] d’Anne Horel

://[aʃtag] (prononcer Hashtag) propose un état des lieux de notre époque sous la forme d’un abécédaire multimédia. Anne Horel a réuni 26 artistes rencontrés sur les réseaux sociaux autour d’un Manifeste. Chaque artiste a réalisé une vidéo de 26 secondes illustrant une lettre de l’alphabet, une problématique tirée du Manifeste (la surconsommation, l’écologie, notre rapport au temps…). Puis, dans un dispositif identique, la jeune femme a interviewé chacun des artistes. S’y révèlent les sensibilités à fleur de peau d’une génération d’artistes internationaux grandie sur les réseaux sociaux et soucieuse de son environnement.
Le projet propose un parcours visuel déclinant les modes d’expression : installation vidéo, film documentaire, cabinet de curiosités, site internet. Jouant sur les codes de la propagande visuelle, des années 1930 à nos jours, ://[aʃtag] entraîne le spectateur à travers la pensée rhizomique d’Anne Horel, un dispositif de collage protéiforme confrontant les documents d’archives à ses réflexions et celles des créateurs invités. Le Manifeste sera prochainement présenté sous la forme d’une série documentaire.

Les 26 artistes du projet : Sunny Mabrey, Jenna Masoud, Xaviera Lopez, Jérémie Grandsenne, Claudia Cukrov, Tony Oswald, Pisie Hochheim, Mackenzie Becket, MJ Riggins, Albert Birney, Nick Gallo, Rhys Stover, James Curran, Karissa Becker, Milos Rajkovic, Gretchen Lohse, Thomas Hues, Nic Courdy, James Kerr, Deladeso, Olaf Falafel, Ankur Thakkar, Ellen Burke, Casey Lambert, Sammy Slabbinck, Heather Christianson, Meghan Doherty, Alyson Louise, Bronwyn Lundberg, Sarah Zucker, Frederic Beehupp.

Photo : André Morin

« Exposer des faits de société problématiques, disséquer des schémas et mécanismes de pensée obsolètes pour piquer l’intérêt et encourager positivement un éveil critique des consciences. Mettre en valeur une attitude respectueuse de la Vie dans sa globalité et de sa beauté jubilatoire. La transparence positive. Ludique. Graphique. Simple. Courte. Sans volonté de moraliser ni de culpabiliser. » Anne Horel

__Anne Horel__
née en 1984 (33 ans)
vit et travaille à Paris.

 

Artiste des réseaux sociaux, Anne Horel est collagiste, GIF artiste, vidéaste, exploratrice de la mode, chanteuse… « Multizappeuse compulsive », elle glane ses matériaux dans l’iconographie contemporaine et l’Histoire (de l’art), en extrait des mises en rapport, en paradoxe, en abîme, cultivant sa vision holistique de l’art. Diplômée de l’ENSAPC (École Nationale Supérieure d’Arts de Paris-Cergy) en 2011 avec les félicitations du jury, elle est sélectionnée la même année au Salon de Montrouge. En 2015, elle rejoint la société de production audiovisuelle Partizan, fondée par Michel Gondry, où elle réalise des animations et des clips musicaux pour les réseaux sociaux. Elle a notamment travaillé avec MTV, Guerlain, Maker (Disney), Twitter…

electronic city d’Emmanuel Lagarrigue

Un monde pressé, déréalisé, les gens s’y croisent, parlent, seuls… : le langage ou son impossibilité, le « contemporain », sont des sujets chers à Emmanuel Lagarrigue. Ils sont au cœur de la pièce du dramaturge allemand Falk Richter, Electronic City. L’artiste s’en est emparée. Avec l’écrivain Olivier Steiner, il a adapté le texte, vivifié les dialogues, et en fait sa electronic city (prononcez not electronic city). Remplaçant la frontalité du théâtre par l’immersion, changeant les acteurs en apparitions vidéos, invitant le spectateur à proposer sa propre déambulation dans la pièce, il a conçu un « théâtre automatique » relevant de l’art contemporain, du théâtre et du cinéma. Projetés sur huit écrans transparents, Tom et Joy, interprétés par Manuel Vallade et Sigrid Bouaziz, y jouent leur histoire d’amour à distance, tandis qu’un chœur composé de plusieurs acteurs leur fait écho. Dans un espace ouvert, le spectateur circule sur une « aire de jeu », une scène ouverte où il est invité à « vivre » l’œuvre.

Durée de la pièce : 1h10
Début des représentations à : 12h10 – 13h20 – 14h30 – 15h40 – 16h50 – 18h00 – 19h10 – 20h20 – 21h30 – 22h40
Avec : Sigrid Bouaziz, Manuel Vallade, Vivianne Perelmuter, Jean-Charles Dumay, Katarzyna Krotki, Mélanie Menu, John Foussadier, Mahdi Sehel.
Texte adapté de la pièce Electronic City de Falk Richter, traduction de Anne Monfort, © L’Arche Editeur 2008 / Adaptation : Olivier Steiner
Musique : Nicolas Jorio
Caméra : Abel Llavall-Ubach
Courtesy Galerie Sultana

Photo : André Morin 

« J’ai développé ce projet comme un ensemble de rencontres, de situations d’échange, presque à rebours du texte lui-même. Avec un écrivain pour l’adaptation, des acteurs et interprètes, un musicien…, autant de personnes avec lesquelles j’ai cherché à partager une envie, une vision. C’est cette situation de commun que j’espère connaître aussi avec les spectateurs. » Emmanuel Lagarrigue

 __Emmanuel Lagarrigue__
né en 1972 (46 ans)
vit et travaille à Paris.

 

Sculpteur, artiste sonore, vidéaste, chorégraphe, metteur en scène, Emmanuel Lagarrigue revendique sa transdisciplinarité. Une approche totale qui lui permet de développer depuis une dizaine d’années son travail autour des thèmes du langage, de la mémoire, de l’expérience et de la perception. Son travail interroge particulièrement les processus de construction individuelle, tant dans les relations qu’ils entretiennent aux éléments extérieurs (figure de l’autre, Histoire, constructions culturelles et politiques) que dans les limites de leur transmission. À travers l’utilisation écrite du langage, mais aussi parlée, et par l’impact physique qu’il lui confère dans ses oeuvres, il développe un univers hypertextuel où les processus de transformation, de traduction et de transcodage renvoient à la construction diffractée de l’identité contemporaine.

The Death Show d’Hugo L’ahelec

Religieux et divertissement, sacré et spectacle, rituel et performance : Hugo L’ahelec manipule et (re)colle ces notions aujourd’hui souvent opposées. Son projet The Death Show invite le public dans l’espace du rituel funéraire, rendu à sa dimension poétique, numineuse. Sujet classique de l’art, la mort est l’occasion pour l’artiste de convoquer une mémoire d’images, de références et de gestes et de les assembler sous un jour nouveau. Mouvements surnaturels, décalages surréalistes, représentations fantomatiques et effets spéciaux mettent en place différentes scènes dans lesquelles peuvent se projeter les visiteurs. Le projet envisage l’exposition, l’installation et la sculpture en lien avec le rituel et le spectacle : cultures de mouvement, de script, de mise en scène, de décor, de codes. Trois « actes » au Palais de Tokyo à Paris et un spin-off à la Friche la Belle de Mai à Marseille constitueront deux premières expositions de The Death Show.

Photo : André Morin

« Les sujets sur lesquels je travaille ne peuvent pas mener à des représentations directes. Le jeu consiste plutôt à mettre en place un environnement. J’espère de cette façon, comme dans l’appréhension de la liturgie, du théâtre et du jeu, que celui qui parcourt l’exposition pourra se sentir spectateur ou bien acteur, être dans une attitude contemplative ou réflexive et finalement plonger dans des questionnements intimes. » Hugo L’ahelec

__Hugo L’ahelec__
né en 1989 (28 ans)
vit et travaille à Paris.

 

Diplômé de l’École Boulle puis de l’ENSCI-Les Ateliers, Hugo L’ahelec s’est d’abord formé aux arts appliqués. Sa démarche prend aujourd’hui racine dans des notions théorisées par les sciences humaines, l’Histoire de l’Art et les performance studies. Il se concentre en particulier sur les notions de rituel et de spectacle, tentant de découvrir, sur le fond et la forme, leurs analogies. Sa méthode pourrait faire penser à celle d’un metteur en scène qui appréhende l’exposition dans son rapport à la temporalité et à l’espace ; les œuvres sont mises en lien les unes avec les autres et sont posées comme des indices, des personnages ou un environnement pour le public.

L’Âge d’Or d’Eric Minh Cuong Castaing

Diptyque composé d’un film et d’une performance, L’Âge d’Or nous plonge au cœur d’une expérimentation chorégraphique menée par des enfants atteints de troubles moteurs avec des danseurs professionnels. Associant technicités corporelles et nouvelles technologies, le film, diffusé dans un espace immersif, capture l’émotion des enfants engagés dans une danse commune, en négociation avec leurs corps insoumis à la représentation, puis au sein d’un dispositif inspiré de la réalité virtuelle. Dotés de lunettes leur permettant de voir en temps réel ce que voient les danseurs, ils revivent cet Âge d’Or mythologique décrit par les poètes antiques : les Hommes y vivent avec les dieux, dans un monde prodigue, sans souffrance ni labeur. Envisageant l’image cinéma sous le prisme de l’esthétique vibrante des corps en mouvement, le court-métrage dérive du genre documentaire à celui d’une fiction inspirée par cette rencontre.
Au Palais de Tokyo, comme à La Friche La Belle de Mai, la projection du film est précédée de plusieurs sessions de performances faisant intervenir enfants et danseurs professionnels.

Video : 22’42’’
Performance : 30’
Film co-écrit par Eric Minh Cuong Castaing, Marine Relinger.
Collaboration artistique : Silvia Costa.
Avec les enfants du centre d’éducation motrice Saint-Thys à Marseille, Eric Minh Cuong Castaing, Silvia Costa, Aloun Marchal.
Musique : Alexandre Bouvier.
Chorégraphie par Eric Minh Cuong Castaing, Aloun Marchal.
Avec les enfants du centre d’éducation motrice Saint-Thys à Marseille, Eric Minh Cuong Castaing, Jeanne Colin, Aloun Marchal, Nans Pierson.

Photo : Aurélie Cenno

« Travailler avec les enfants, c’est commencer par s’éloigner de la notion de représentation au profit d’une pure présence. Importer le réel. Le voir bouger. Tenter de mettre en place les conditions nécessaires pour que ce qu’ils sont puisse apparaître. Ce qu’ils sont et ce qu’ils transportent, presque malgré eux : une présence mais aussi un présent. » Eric Minh Cuong Castaing

__Eric Minh Cuong Castaing__
né en 1979 (38 ans)
vit et travaille à Marseille.

Chorégraphe et artiste visuel, Eric Minh Cuong Castaing est depuis 2016 artiste associé au Ballet National de Marseille. Il a fondé la compagnie Shonen en 2007, créant en son sein une quinzaine de spectacles, performances, films et installations associant la danse et les nouvelles technologies, qu’il envisage comme de nouvelles structures de perception pour renouveler la relation des corps entre eux et avec leur environnement. Associant danseurs professionnels et amateurs, sa pratique s’intéresse à la notion de corps spécifique ou hors norme, de mouvement humain et non humain. Son travail est soutenu par le ministère de la culture (Drac PACA, CNC-DICRéAM…) et a reçu différents prix (Pulsar, Rêve de brouillon numérique Scam, Bourse numérique Lagardère, Bourse chorégraphique Beaumarchais-SACD, 1er prix de l’audace artistique et culturelle de la Fondation Diversité…).

Le commissaire : Gaël Charbau

Commissaire d’expositions, directeur artistique de la Nuit Blanche 2018, Gaël Charbau a fondé la revue Particules en 2003. Engagé auprès de la jeune scène française, il organise des expositions en Europe et en Asie et collabore avec différentes institutions et mécènes : Universcience, Le Palais de Tokyo, La Friche Belle de Mai, Drawing Lab, L’Institut Français, la Fondation d’entreprise Hermès, Emerige Mécénat, l’ADIAF. Depuis 2013, il collabore avec Audi talents, pour qui il a curaté plusieurs expositions, parmi lesquelles Résidence Secondaire au MAMO (Marseille), Parapanorama au Palais de Tokyo (Paris), et l’exposition anniversaire des 10 ans du programme à la Galerie Audi talents (Paris).

Chroniques Parallèles au Palais de Tokyo

Du 22 juin au 14 juillet 2018, les quatre expositions de Chroniques Parallèles étaient présentées pour la première fois en France au Palais de Tokyo. Haut-lieu de l’art contemporain (il est le plus grand centre de création contemporaine en Europe !), « friche rebelle aux allures de Palais, anti-musée en métamorphose permanente », le Palais de Tokyo a ainsi permis à un public parisien nombreux et fervent de découvrir les quatre œuvres originales et mouvantes des lauréats Audi talents 2017.

Découvrez la vidéo du vernissage, avec Frédéric Taddeï aux manettes, et les photos (© André Morin) de l’exposition.

Chroniques Parallèles à La Friche la Belle de Mai

Dernières lueurs estivales dans la capitale phocéenne, c’est à l’occasion de la Foire internationale d’art contemporain (Art-o-rama), le week-end du 1er septembre, que Chroniques Parallèles mettait cap au Sud, direction La Friche à Marseille, pour un vernissage haut en couleurs, inaugurant six semaines d’exposition. Espace unique, de travail, de vie et d’exposition, de formation et de concerts, La Friche la Belle de Mai accueille chaque année 400 000 visiteurs, mêlant les tendances et les générations, les arts et la ville.

Découvrez la vidéo du vernissage et les photos (©J.C. Lett et C. Dutrey) de l’exposition.