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Learning From New Jersey, de Théodora Barat

Inaugurée le 10 mars à La Friche La Belle de Mai, à Marseille, l’exposition de Théodora Barat, lauréate 2016 en Art Contemporain couronne l’année d’accompagnement de son projet multiforme. Entre film et installations, Learning from New Jersey incarne le regard aigu d’une artiste passionnée par les paysages en mutation.

Photogrammes Pay Less Monument – courtesy de l’artiste

 

 

« Learning from New Jersey »… Référence à un essai d’architecture publié en 1972 (Learning From Las Vegas), le titre de l’exposition de Théodora Barat tease le visiteur. Il y a des choses à apprendre de la façon dont l’Homme maîtrise, façonne son environnement, jusqu’à sa destruction. Découvert au détour de ses lectures sur l’art minimal, le statut très spécial du New Jersey avait suscité la curiosité de la jeune femme il y a plusieurs années déjà.

 

Etat-banlieue, berceau de grandes inventions, ex-laboratoire de la modernité…, un peu tombé en déshérence, l’état voisin de New York a aiguillonné la réflexion de la plasticienne par les correspondances découvertes avec ses sujets de prédilection. « Le déclin de l’industrie, le nouvel essor par la science, l’urbanisme, les paysages de banlieue qui pourraient devenir des décors de science fiction, le rapport à l’entropie… sont des thèmes qui m’interrogent depuis un certain temps », souligne-t-elle.

 

 

 

 

 

Au fil de son exploration, ainsi, le New Jersey lui est apparu comme une forme de prototype.  « Mère de toutes les banlieues, j’ai noté dans ce territoire une résonance avec la Seine Saint-Denis où j’ai grandi. J’y ai retrouvé les mêmes valeurs, à une échelle et un stade différents : un environnement un peu sacrifié où résidences et industries se côtoient avec une espèce de paysage très bétonné. Par sa dimension archétypale, le New Jersey a également quelque chose d’annonciateur. J’ai l’impression qu’on peut y déceler les dynamiques à venir. »

 

De sa première impression de naviguer dans le roman « L’Ile de Béton », de J.G. Ballard, Théodora Barat a nourri son projet. L’Audi talents award décroché en 2016, dans la catégorie Art contemporain, lui a permis d’aller se confronter à la réalité new-jersienne. Elle a pu observer la manière dont le rapport entre New York (commanditaire) et New Jersey (exécutant) avait façonné le territoire. Élevant parfois la simple anecdote au rang d’événement historique, l’état-banlieue tentait de s’émanciper de son emprise en valorisant sa propre Histoire.

 

 

 

C’est par un documentaire expérimental et une installation que l‘artiste rend compte et met en scène cette sorte d’Histoire parallèle. Progressant de l’aube à l’aube, son film pérégrine de musées en sites historiques. Il évoque, de jour, les heures fastes du New Jersey, entre inventions de Thomas Edison, richesses minérales et démonstrations d’une puissance militaire révolue, et reflète à la nuit tombée les lumières étranges d’une modernité étiolée. Inspirées de modules d’urbanisme clés, inventés là-bas et depuis déployés dans le monde entier, cinq sculptures, ainsi qu’une série photographique composent l’installation corrélative. Détournés de leur fonction, deux « jersey barriers » et trois « headwalls » révèlent leur plasticité : nos nouveaux monuments, faits de béton armé.

Learning from New Jersey, de Théodora Barat
10 mars au 8 avril – La Friche La Belle de Mai – Marseille
Informations pratiques

Pay Less Monument

Documentaire expérimental, « Pay-Less Monument » progresse d’une aube à l’autre dans le New Jersey. Plus documentaire dans sa partie diurne, il explore d’abord quelques sites historiques de l’état avant d’offrir, à la tombée de la nuit, une forme d’errance dans des zones incertaines aux lumières et couleurs étranges. De réunions de phénomènes paranormaux, en rencontres de « rock hunters » cherchant des minéraux fluorescents avec des lampes à UV, se précisent les traces et les impressions d’un laboratoire de la modernité étiolé.

Jersey Barriers & Headwalls

Ce sont deux éléments de voirie que l’on retrouve dans toutes nos cités. Et ils ont été inventé dans ce laboratoire de l’urbanisme que fut le New Jersey. Théodora Barat s’en inspire pour créer les cinq pièces qui composent l’installation de « Learning from New Jersey ». Reproduits, détournés, « augmentés » par des éléments composites, les Jersey Barriers (sortes de murets de béton servant habituellement de séparation sur les voies de circulation) et Headwalls (ouvrages de soutènement en béton) révèlent toute leur plasticité. Vidés ici de leur fonction, les modules d’urbanisme participent à l’illustration ou à la révélation d’une modernité périmée.

Théodora Barat

Née en 1985, Théodora Barat a étudié aux Beaux-Arts de Nantes avant d’intégrer Le Fresnoy – Studio National des arts contemporains en 2010. Le travail de la lauréate Audi talents Art Contemporain 2016, a notamment été montré au Palais de Tokyo, à la Villa Médicis, au Centre Pompidou, au Museum of Fine Arts à Boston (Etats-Unis) ou au CAC Vilnius (Lituanie). « Learning from New Jersey » est programmé à la Friche La Belle de Mai à Marseille jusqu’au 8 avril 2018. Une exposition personnelle suivra à Mains d’Œuvres, à Saint-Ouen, en mai-juin.