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Retour sur deux jours de musique en images

Les 3 et 4 décembre, la Philharmonie de Paris accueillait le Week-end des Musiques à l’Image 2016. En plus des ateliers et rencontres proposés au public, deux soirées exceptionnelles rendaient hommage aux musiques des films de Jim Jarmusch et Spike Lee. Retour sur deux concerts qui ont fait vibrer Paris.

Dans la grande salle de la Cité de la Musique, un halo bleuté nimbe le public quelques minutes avant le début de l’hommage à Jim Jarmusch. Sur le voile qui se dresse devant la scène, apparaissent des volutes de fumée puis la neige se met à tomber sur un New York éternellement arty. C’est alors que résonnent les premières notes du saxophone de Terry Edwards, illuminé d’un trait de lumière. Peu à peu, le rythme s’enflamme et l’orgue Hammond se met à répondre aux cuivres. A la fin de ce blues endiablé, le rideau tombe et laisse apparaître le groupe éclairé par des projecteurs sortis d’un tournage de cinéma. Camille O’Sullivan débarque alors sur scène et livre une version poignante de I Put a Spell on You, le hit de Screamin Jay Hawkins repris par Jarmusch dans Stranger Than Paradise. Puis c’est au tour de Sam Amidon de captiver l’audience avec ses chansons country-folk tout droit sorties des Rocky Mountains.

Légendes américaines

Ce concert donne l’occasion au maître de cérémonie David Coulter de passer en revue le meilleur des musiques américaines : folk, blues, rythm’n’blues, jazz, rock… Le leader du groupe Franz Ferdinand, Alex Kapranos, prend le relais. Tout de noir vêtu, il martèle de coups de médiator rageux sa Telecaster et électrise le show avec ses entrechats. Le public crépite et explose quand Mulatu Astatqé débarque derrière son vibraphone. Le jazzman éthiopien est une véritable légende. Et quand saxophone et trompette lancent le thème de Yekermo Sew, toute la salle rejoint Bill Murray dans Broken Flowers… Le morceau s’étire pour laisser le maître régaler l’audience de ses notes de vibraphone vaporeuses et de ses percussions percutantes. Alex Kapranos revient alors sur scène et annonce en français la dernière chanson : ce sera le Funnel of love de Wanda Jackson, un classique de 1961, ressuscité par Jarmush pour Only Lovers Left Alive (2014), dont le rockeur livre une version magistrale.

De l’émotion et du groove

Dimanche soir, le froid s’accroche au parc de la Villette. Majestueuse, la salle Pierre Boulez de la Philharmonie est pleine à craquer pour la venue de Terence Blanchard. Compagnon de route de Spike Lee depuis vingt-cinq ans, le trompettiste et compositeur né à la Nouvelle-Orléans, impressionné, pénètre sur la scène entouré de ses musiciens et du Sinfonia Orchestra. Lui qui a composé toutes les B.O. du réalisateur new-yorkais depuis Mo’Better Blues (1990) enchaîne les morceaux issus d’Inside Man, Clockers (1995) ou Malcolm X (1992) accompagné d’un trio de chanteuses de luxe, aux styles si différents que jamais elles ne se marchent sur les pieds : Dianne Reeves, China Moses et Angélique Kidjo. Cette dernière est la première à réveiller le public encore frigorifié lorsqu’elle n’hésite pas à quitter la scène et à déambuler dans les travées pour chauffer les spectateurs. Pendant ce temps, Terence Blanchard fait gémir puis hurler sa trompette, recréant moments de calme et de tension pendant qu’à l’écran défilent les images de tournage. L’émotion atteint son climax quand il attaque le thème de When the Levees Broke: A Requiem In Four Acts, documentaire sur les ravages de l’ouragan Katrina en Louisiane. Un pur moment de blues partagé en toute intimité avec les 2 400 spectateurs…