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Rendez-vous sous le Pont des Oubliés

Rendez-vous sous le Pont des Oubliés

Publiant fin août son premier roman, Romain Quirot, lauréat Audi talents Court-métrage 2014, s’ouvre à un nouveau champ narratif. Mais l’image n’est jamais loin.

Vous avez remporté votre prix Audi talents en 2014 avec un projet de court-métrage. Vous venez de finir votre premier roman. Que s’est-il passé entre les deux ?

Avec Le Dernier Voyage de Paul W.R., j’ai eu la chance de pouvoir réaliser un film de science-fiction en ayant carte blanche. Le court-métrage a eu un joli succès en festival, il est allé à Tribecca, à Rhodes Island, à Toronto… Il m’a ouvert des portes. De là, ont découlé des projets de long-métrages, un documentaire et un vieux rêve que je portais depuis mon adolescence : écrire un livre d’aventures. J’avais envie de parler de ce que c’était qu’être adolescent et de traiter de l’intime dans un monde ultra-spectaculaire. Quand j’étais petit, je faisais des bande-dessinées, j’écrivais des nouvelles en piochant dans tout ce que j’aimais. A 12 ans, j’ai pris le caméscope de mon père. Puis, j’ai commencé à faire des court-métrages. Quand l’idée de Gary Cook m’est venue, je ne pouvais pas la filmer parce que c’était un univers complètement démesuré avec des courses de bateau dans des villes abandonnées au large, des attaques de tempête, des monstres sous-marins géants… Je me suis dit assez naturellement que, pour commencer, ce serait un livre. J’aime aussi la part d’imagination qu’on laisse au lecteur.

 

Vous avez un co-auteur. Comment avez-vous travaillé ensemble ? 

J’avais déjà collaboré avec Antoine Jaunin sur un documentaire indépendant. Quand je lui ai parlé de l’univers de Gary Cook, il m’a dit qu’il rêvait aussi d’écrire un livre. Les mêmes auteurs nous ont inspiré : Stephen King, Romain Gary, L’Attrape-Cœur, Sa Majesté des Mouches… On a pensé qu’on aurait plus de chance d’aller au bout si on partageait ça. On s’est accroché à ce rêve pendant un an, en se retrouvant régulièrement dans l’espèce de cocon de cet univers, qui a pris vie petit à petit.

 

Qui est donc ce Gary Cook ?

Le livre raconte l’histoire d’une bande d’adolescents qui vit dans un monde condamné, recouvert par les flots. Gary vit seul avec son père. Depuis des années il voit de grandes navettes franchir la brume et disparaître au loin. On ne sait pas qui s’y cache. Ceux qui restent et vivent sous le Pont des Oubliés n’y ont pas leur place. Gary va devoir trouver un moyen de quitter cette terre malade.

 

La science fiction reste centrale dans votre imaginaire ?

J’adore la SF en tant que spectateur. En tant qu’auteur, j’aime bien en détourner les codes, comme dans Paul WR où le héros n’a pas envie de sauver l’humanité. Au-delà de ça, j’aime créer des univers qui appellent au voyage ; qui permettent de montrer le bouleversement physique d’un monde. C’est une métaphore de la fin de l’enfance.

 

Vous avez réalisé, pour la sortie du livre, un trailer vidéo. Qu’est-ce qui a motivé cette idée ?

C’est un livre très cinématographique. Personne ne fait ça d’habitude dans le monde de l’édition. On a inversé le processus créatif. Et on s’est rendu compte qu’avec la passion on pouvait créer quelque chose de très fort. Je fais partie d’une génération qui ne veut pas céder à l’espèce de loi tacite qui dit qu’on ne peut pas faire de SF en France ; que c’est trop compliqué, trop cher, qu’on ne sait pas faire… Moi, je crois à une SF française hors des moyens démesurés des Etats-Unis, avec une sensibilité française.

De la Lune à la Terre

Dans Le Dernier Voyage de Paul W.R., le court métrage qu’il a réalisé grâce à son prix Audi talents, une menaçante lune rouge s’approchait de la terre. Dans son roman Gary Cook, à paraître chez Nathan le 31 août, le monde est noyé sous les flots. Entre l’imaginaire SF qu’il décline et les spots de pub remarqués qu’il réalise, Romain Quirot s’intéresse tout autant au réel. Fasciné par ce qui reste énigmatique dans un monde qui l’est de moins en moins, il tourne actuellement pour France 2 un documentaire sur les zones blanches.