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Rencontre avec David Coulter

Au lendemain de la première des deux représentations parisiennes de « In Dreams », David Coulter était encore secoué par l’accueil que lui avait réservé le public de la Cité de la Musique une semaine après le 13 novembre. A grands renforts de lumière rouge et d’instrumentations étranges, ce multi-instrumentiste et son groupe ont régalé les Parisiens en les replongeant par la musique dans les ambiances lynchiennes. Dans la grande salle de la Cité de la Musique, il nous répondait dans un français parfait, hérité de l’époque où il faisait partie du groupe d’Arthur H.

Audi talents awards : Comment s’est passée cette première représentation parisienne ?

David Coulter : La salle était pleine, ça faisait chaud au cœur, mais on sentait une certaine tension, qui collait bien à l’univers de Lynch. J’ai éprouvé une grande satisfaction à faire oublier aux spectateurs le monde extérieur pendant deux heures.

Audi talents awards : Quel rapport entretenez-vous avec l’œuvre de David Lynch ?

David Coulter : Je suis fan depuis son premier long-métrage, Eraserhead (1977). A l’époque, j’avais déjà été très impressionné par la BO que Lynch lui-même avait co-composée. Ces sons industriels étaient très singuliers et, au fil des ans, je suis resté très proche de son univers musical. Chaque film possède un univers sonore particulier. On parle souvent de la façon dont Tarantino remet au goût du jour des tubes oubliés dans ses BO, mais c’est Lynch qui a initié cette tendance. L’idée de construire un spectacle autour de ses films a longtemps trotté dans ma tête. Jusqu’à ce que le Barbican Center londonien me le commande.

Audi talents awards : Comment avez-vous procédé ?

David Coulter : J’ai d’abord fait une sorte de « casting de voix ». J’ai composé la liste des gens avec qui j’aimerais faire ce spectacle, une espèce de groupe de rêve. J’ai la chance d’avoir réuni un panel de personnalités très différentes, entre les Nippo-Broolyniennes de Cibo Matto, Stuart Staples, le chanteur des Tindersticks, Jehnny Beth, leader des Savages… Je tenais à trouver des personnes passionnées par l’univers de Lynch. Ensuite, il y a eu un « casting de morceaux » avec chaque chanteur retenu. Le but était aussi de créer de la surprise. Stuart Staples, dont la voix est très grave, a ainsi souhaité s’attaquer au morceau Falling, interprété dans Twin Peaks par la voix fluette de Julee Cruise.

Audi talents awards : Comment se sont construits les morceaux ?

David Coulter : J’ai d’abord passé une journée de répétition seul avec chaque chanteur. Puis les arrangements se sont bâtis au feeling avec la volonté de créer des ambiances qui collent à la chanson d’origine mais en créant de la surprise. Je me suis senti comme un chef qui prend les ingrédients d’un classique et crée un nouveau plat. J’ai tenu à laisser au groupe une certaine liberté d’interprétation. Je n’ai pas écrit les parties de chacun car je leur fais confiance, ce qui leur a permis d’apporter leur patte aux arrangements. Je voulais pousser les spectateurs dans des directions nouvelles, qu’ils sortent de leur zone de confort.

Audi talents awards : Comment avez-vous abordé la mise en scène ?

David Coulter : Le but était de plonger l’audience dans les films de Lynch mais sans jamais avoir recours à la vidéo. Je voulais que les spectateurs fassent appel à leur imagination. A la base, je viens du théâtre. J’ai notamment travaillé comme directeur musical avec Robert Wilson qui m’a appris le rôle crucial des lumières. Nous avons donc spécialement accentué cet aspect du concert. Chaque chanson est travaillée comme une scène. Pour moi, la musique est très visuelle !