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Rencontre avec Coralie Fargeat

Après avoir reçu un septième prix au Sapporo Short Film Festival, au Japon, le court métrage d’anticipation de Coralie Fargeat, lauréate 2013 des Audi talents awards, continue son voyage dans les festivals des quatre coins du monde. Rencontre avec la jeune réalisatrice, qui prépare déjà son prochain projet.

 

Les inRocKs : Tandis que votre premier court métrage se déroulait pendant la Seconde Guerre mondiale, vous vous êtes tournée pour votre deuxième film, Reality+, vers un univers très différent : la science-fiction. Pourquoi ?

Coralie Fargeat : Je suis avant tout attirée par les films de genre : la science-fiction, le fantastique, le thriller… Ce type de films pouvant être difficile à financer, j’ai choisi pour mon premier court métrage de réaliser un scénario plus accessible, mais qui me permettait tout de même de construire le climat cinématographique qui m’intéressait. Pour mon deuxième court, je voulais vraiment faire un film reflétant complètement mes envies. C’est grâce au soutien des Audi talents awards que j’ai pu réaliser ce projet.

Les inRocKs : Comment est né Reality + ?

Coralie Fargeat : Je suis travaillée depuis longtemps par des thématiques liées à l’apparence et à l’identité, ou à la façon dont on se voit soi-même et celle dont les autres nous perçoivent. L’idée de les questionner dans un film de science-fiction m’est venue naturellement lorsque j’ai commencé à préparer ma candidature pour les Audi talents awards.

Les inRocKs : Le film propose une réflexion sur le contrôle et le formatage de l’apparence. On pense bien sûr à la chirurgie esthétique…

Coralie Fargeat : Le film questionne ce que les gens sont prêts à faire pour ressembler à leur idéal. De la même manière que la course vers la jeunesse éternelle est une chimère, la quête de la beauté parfaite est elle aussi sans fin. Je voulais montrer un monde tellement parfait et uniformisé qu’il en devient anxiogène. On a l’impression que toutes les beautés finissent par se ressembler, on perd l’identité et ce qui fait le charme de chacun : les défauts, la singularité… Reality + met en scène la production en série d’êtres tous plus parfaits les uns que les autres.

Les inRocKs : Cette illusion d’une vie parfaite fait également beaucoup penser à Instagram et la façon dont on se présente aujourd’hui sur les réseaux sociaux.

Coralie Fargeat : Absolument. J’ai récemment été marquée par le témoignage d’une jeune femme qui, n’en pouvant plus, avait dévoilée l’envers du décor de son compte Instagram, la mise en scène obsessionnelle qu’elle s’imposait pour relayer une image d’elle toujours parfaite. Nous sommes de plus en plus dans la mise en scène de soi-même. Il faut se rappeler que Facebook et Instagram ne sont pas la vraie vie des gens, juste une sélection de moments positifs… et choisis. Si l’on ne garde pas cette distanciation à l’esprit, cela peut devenir très anxiogène. On finit par se demander : pourquoi ma vie n’est-elle pas aussi bien ?

Les inRocKs : Comment s’est passé le casting ?

Coralie Fargeat : Il a été très long. Il fallait trouver un certain type de physiques parfaits, à l’aspect lisse et éthéré mais également identiques les uns aux autres. C’était important de bien choisir les personnages principaux et les figurants pour permettre aux spectateurs de croire à cet univers.

Les inRocKs : Les effets spéciaux sont nombreux dans le film. Etait-ce une expérience nouvelle pour vous ?

Coralie Fargeat : Je m’intéresse depuis longtemps aux effets spéciaux et j’avais une certaine connaissance théorique en la matière, mais se lancer dans un tournage de ce type avec autant d’effets, c’est comme plonger dans le grand bain ! Il faut réfléchir au sens des effets, à ce qu’ils transmettent, et choisir la solution la plus adaptée, la plus efficace pour la narration. Ça a été un excellent apprentissage.

Les inRocKs : Comment avez-vous imaginé l’esthétique et les décors de ce monde futuriste ?

Coralie Fargeat : La direction artistique a été primordiale dans la préparation de Reality +. Je voulais donner au film une couleur visuelle très forte. L’anticipation exige la création d’un univers dans lequel le spectateur se plonge. Si tout n’est pas cohérent, si un élément ne fonctionne pas avec l’ensemble, le château de cartes s’écroule. Nous, le chef opérateur Philip Lozano, le chef décorateur Pierre Quéfféléan et moi-même, avons minutieusement construit cet édifice ! Je me suis beaucoup interrogée sur les émotions et sentiments que les décors pouvaient véhiculer. Je voulais par exemple que les intérieurs, comme l’appartement du personnage principal, soient sombres, confinés et étouffants. Comme pour montrer la chape de plomb qui pèse sur sa vie. Pour cela je me suis inspirée du travail de photographes comme Erwin Olaf et Gregory Crewdson.

Les inRocKs : Pourquoi avoir choisi de situer l’intrigue à Paris ?

Coralie Fargeat : Je ne voulais pas de l’atmosphère froide et déshumanisée que l’on retrouve parfois dans les films d’anticipation. Je me suis plutôt inspirée de films comme Blade Runner ou Les Fils de l’homme, dans lesquels on sent la décrépitude de la ville, mais aussi son côté bouillant et vivant. J’ai donc imaginé un Paris du futur à la croissance anarchique.

Les inRocKs : Le film a été sélectionné dans de nombreux festivals, notamment à l’étranger…

Coralie Fargeat : Il a en effet été très bien reçu un peu partout : en Europe, aux Etats-Unis, au Japon… C’était vraiment incroyable d’avoir toutes ces sélections. Il a quasiment fait le tour du monde ! Cette reconnaissance par des publics différents et internationaux est une très belle récompense.

Les inRocKs : Le prochain projet sera un long métrage ?

Coralie Fargeat : Oui je suis actuellement en fin d’écriture. Ce ne sera pas de la science-fiction mais cela reste un film de genre, totalement fidèle à mon univers ! Le tournage est prévu fin 2016.