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loeil-des-inrocksLes mélodies de Pascal Lengagne

En 2011, Pascal Lengagne remporte les Audi talents awards, alors que le concours part pour la première fois à la recherche d’un compositeur de musiques à l’image. Quatre ans plus tard, le musicien signe sa première bande originale de long-métrage, et continue une carrière sans accrocs. Rencontre. Sous l’oeil des inRocKs.

Les inRocKs : Comment est né chez vous l’intérêt pour les musiques à l’image ?
Pascal Lengagne : Adolescent, j’étais plus attiré par les musiques instrumentales que par les chansons. Lorsque j’allais voir un film et que la bande originale me plaisait, j’essayais de la retrouver de mémoire et de la rejouer. Je n’ai néanmoins pas pensé tout de suite en faire un métier : le chemin à parcourir me semblait long et difficile.

Les inRocKs : Vous avez un double cursus universitaire, à la fois axé musique et cinéma.
Pascal Lengagne : Cela me semblait difficile de vivre de la musique. Je me suis dit qu’en me formant dans le son, j’avais une chance d’être dans quelque chose qui me plaisait. J’ai fait en parallèle une école de cinéma, mais tout était au départ pour des raisons alimentaires.

Les inRocKs : Vous avez travaillé pour Radio France… Qu’est-ce qui vous a poussé à vous lancer en solitaire ?
Pascal Lengagne : Je n’ai jamais arrêté de faire de la musique. D’un côté, j’avais mon métier de technicien à Radio France, où je suis resté à temps plein pendant une dizaine d’années. Mais je me souviens du jour où j’ai signé mon contrat : une voix au fond de moi me disait « N’oublie pas, ce n’est pas ce que tu voulais faire ». Toutes mes heures libres étaient consacrées à la musique, ce qui donnait des journées longues et fatigantes. Néanmoins, petit à petit, on a commencé à me confier des commandes, et il y a eu un effet boule de neige. En 2003, j’ai considéré que je pouvais enfin en vivre.

Les inRocKs : Au début, vous avez beaucoup travaillé pour l’événementiel.
Pascal Lengagne : Ça n’a jamais été un choix délibéré de ma part : les premières personnes qui m’ont accordé leur confiance travaillaient dans ce milieu-là. Je dois d’ailleurs rendre hommage à Yves Pépin de ECA2 qui m’a confié au départ ses plus grosses commandes alors que je n’étais personne. Dans ce domaine, les Français sont très bien placés à l’international.

Les inRocKs : Vous avez un domaine de prédilection ?
Pascal Lengagne : Mon objectif principal est le long-métrage. Le ressort de ma musique est plutôt psychologique : c’est là-dessus que je m’appuie pour composer. Quand ça appuie une narration ou l’émotion d’un personnage, je me sens beaucoup plus inspiré, je sais sur quoi partir. La première question que je me pose, c’est : quelle émotion doit-on ressentir à l’arrivée ? Après je fais ce que je peux, et ce que je sais faire. Je ne suis pas omnipotent, mais je maîtrise mes limites.
Soundcloud Pascal Lengagne

Les inRocKs : Vous travaillez beaucoup de textures de sons…
Pascal Lengagne : J’ai une formation plutôt classique mais j’adore les machines. Cela me plaît qu’elles ne cherchent pas à remplacer les instruments traditionnels, mais qu’elles viennent les compléter avec des textures différentes.

Les inRocKs : Qu’est-ce qui vous a donné envie de vous inscrire aux Audi talents awards ?
Pascal Lengagne : J’étais cantonné au monde événementiel, j’avais envie de pousser des portes différentes. J’avais entendu une publicité pour les Audi talents awards et c’était la première année où ils recherchaient un compositeur à l’image. Le jury me plaisait. Je me suis dit que ça m’intéressait de leur montrer ce que je pouvais faire. Et puis je me suis pris au jeu. Plus je travaillais sur ce projet, plus j’avais envie qu’il me porte assez loin. Quand j’ai été sélectionné parmi les finalistes j’étais très content, me retrouver devant le jury c’était super, alors gagner…C’était encore mieux.

Les inRocKs : Vous avez senti un tournant dans votre carrière à ce moment-là ?
Pascal Lengagne : J’ai travaillé sur des supports très différents de ce que j’avais l’habitude de faire, comme les films publicitaires. J’ai dû me confronter à ça alors que je ne travaillais pas trop sur les images. Cela m’a aussi donné une visibilité médiatique très importante, on m’en parle très souvent.
Soundcloud – Patrick Lengagne – Insight 

Les inRocKs : Quatre ans après, quels sont les projets sur lesquels vous travaillez ?
Pascal Lengagne : Je suis toujours dans l’événementiel, car les sociétés continuent de me faire confiance et je suis fidèle. Je travaille aussi sur des projets publicitaires. Depuis peu, il y a aussi la porte du long-métrage qui s’est ouverte puisque Pascal Elbé m’a confié la réalisation de la musique de son film qui sort dans un mois, Je Compte Sur Vous.

Les inRocKs : C’est le projet dont vous êtes le plus fier ?
Pascal Lengagne : J’ai un problème, car je suis très critique avec ce que je fais, j’ai toujours du mal à ne pas me remettre en question. Je ne pourrais pas dire que je suis fier, mais je suis heureux.
Soundcloud Pascal Lengagne – Never Lose it 

Les inRocKs : Qu’est-ce qu’on peut vous souhaiter pour la suite ?
Pascal Lengagne : J’aimerais que ça se poursuive dans le cinéma, avec des choses un peu plus intimistes et contemporaines, car il y a toujours de la nostalgie et du romantisme dans ma musique. J’aime beaucoup mon métier, et je me sens extrêmement privilégié et heureux de gagner ma vie grâce à cela.

Les inRocKs : Une carrière d’un compositeur vous fait-elle rêver ?
Pascal Lengagne : Au départ, ma référence c’est Ryuichi Sakamoto. Un de ses morceaux a fonctionné comme un déclic, Sweet Revenge. Ce morceau était à la fois très touchant et très simple. A ce moment-là, j’étais en train de me perdre dans une recherche trop compliqué. Quand je l’ai écouté, je me suis demandé pourquoi je me prenais la tête sur des choses au-delà de mon domaine de compétence, alors que ce titre, ça me parlait, je le comprenais. Il a changé ma façon de travailler.