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Marie-Aurore Stiker Metral et les merveilles

Qu’elle signe pour Ligne Roset des vases d’inspiration samouraï ou réinvente pour Aubusson de nouveaux motifs de tapisserie, Marie-Aurore Stiker Metral, lauréate Audi talents awards en 2009, continue de tirer le fil d’une vision singulière du design qui projette la tradition dans l’avant-garde.

Quel est le rôle du designer, selon vous?

De manière spontanée et presque naïve, je dirais qu’il sert à donner des visions différentes du monde dans lequel on vit et des objets du quotidien, mais aussi à donner des perspectives pour ce monde. Pour ce qui me concerne, je travaille souvent en relation avec un artisan, un artisanat ou une manufacture perpétuant une technique ou un savoir-faire particulier. J’essaie de renouveler les perspectives plastiques et formelles, mais aussi techniques ou d’usage.  Je pense que pour construire des choses nouvelles, on a besoin de s’appuyer sur les choses qui sont là.

Vous avez étudié la philosophie avant de vous former au design, cela a-t-il une incidence sur votre travail ?

Peut-être, d’une certaine façon. Pas directe, dans le sens où mon travail est sûrement moins conceptuel que proche de la matière. Mais on peut trouver des parallèles dans la mesure où le designer questionne les choses, interroge, sans forcément détenir lui-même les réponses, et ce faisant, il fait avancer.

Quel rapport avez-vous à la matière ?

Je suis, depuis mes tous premiers projets, fascinée par la matière et les méthodes de fabrication. J’adore aller visiter les usines. C’est un moteur de mon travail et une source d’inspiration. J’aime aussi manipuler les choses moi-même, faire des essais. Ma préférence pour les matières premières est souvent adossée à une manière de les mettre en forme. Dans ma chaise La Pliée, par exemple, ce qui m’intéressait était la matière du métal, mais surtout la presse plieuse grâce à laquelle on peut structurer, à partir de feuilles de tôle complètement molles, et faire des choses qui se tiennent. Je voulais aller au bout des capacités du pli.

Le « bestiaire » que vous avez récemment réalisé pour les Ateliers d’Aubusson procède d’une démarche voisine…

J’ai rencontré Les Ateliers d’Aubusson l’an dernier ; deux jeunes éditeurs qui avaient envie de faire vivre autrement la tapisserie, de perpétuer un savoir-faire français ancestral. C’est en collaborant avec une manufacture locale ayant développé un métier traditionnel mécanisé qui permet de traiter des dessins numériques, que leur rêve est devenu possible. Ils m’ont montré beaucoup d’échantillons. J’ai regardé beaucoup de tapisseries anciennes et remarqué que les animaux y étaient très présents. L’idée de m’inscrire dans une tradition s’est imposée assez vite. Pour résoudre les problèmes de coûts et de tailles avec des intérieurs qui ne permettent plus aujourd’hui d’accueillir d’aussi grands formats, j’ai proposé un bestiaire où les animaux (hibou, phoenix, paon, licorne, griffon et tête de licorne) sont découpés à la forme des motifs. Au niveau des couleurs, le bestiaire existe dans trois gammes standards qui reprennent les tonalités des tapisseries traditionnelles, même la collection pop reprend avec des nuances un peu plus saturées les tonalités de La Dame à la Licorne.

A quoi travaillez-vous actuellement ?

J’ai développé un projet, à l’occasion d’une résidence à Yzeure (Allier), à l’Ecole Nationale du Verre. Designer invitée dans le cadre d’une carte blanche auprès des élèves en arts appliqués, j’ai pu profiter d’ateliers très performants pour mener une démarche créative de A à Z. J’avais un peu travaillé le verre pour Ligne Roset, pour qui j’avais fait un vase, mais surtout, j’avais visité des manufactures à Firozabad, dans le nord de l’Inde, où se fabriquent des bracelets en verre de toutes les couleurs. La technique de fabrication très intéressante (un fil de verre chaud tiré sur un outil métallique tournant) m’avait enthousiasmée. Elle m’a inspirée. On est donc repartis de cette technique qu’on a essayé de réinterpréter et de faire évoluer pour produire d’autres objets fabriqués autour de formes déjà en verre. J’en ai tiré une trentaine de prototypes, de vases, de luminaires, et d’essais divers, qu’il me reste à développer de manière plus industrielle et plus commerciale, mais que j’espère pouvoir exposer prochainement, pourquoi pas aux D’Days.

En savoir plus sur le bestiaire acidulé de Marie-Aurore Stiker-Metral 

Parcours

Marie-Aurore Stiker Metral a choisi la voie du design après quatre années d’études de philosophie. Diplômée de l’ENSCI-Les Ateliers en 2007, elle a obtenu une aide à projet du VIA pour développer sa très remarquée chaise « La Pliée » (désormais éditée par Ligne Roset), avant de remporter plusieurs prix dont l’Audi talents award 2010 en design. Lauréate du prix Visa pour Osaka, elle séjourne au Japon en 2012 pour étudier les techniques de fabrication des armures de samourais, les réinterpréter et rencontrer des artisans japonais. Explorant les savoir-faire du monde entier et leurs liens possibles avec le design, elle crée régulièrement pour Ligne Roset ainsi que pour d’autres éditeurs, tels que Les Ateliers d’Aubusson.

www.mastikermetral.com