Les 10 finalistes de l’appel à projets Audi talents 2020.

Bravo aux finalistes de l’appel à projets Audi talents 2020 :

Charlie Aubry, Florian Viel, Henri Frachon et Antoine Lecharny, Marie-Sarah Adenis, Mawena Yehouessi, Pauline Bailay et Hugo Poirier, Selma Lepart, Thomas Teurlai, Uèle Lamore, Ugo Schiavi.

Finalistes de l’appel à projets Audi talents 2020, ils soutiendront prochainement leurs projets devant les jurés Gaël Charbau, Isabelle Bertolotti, Franck Madlener et Ramy Fischler. Une journée d’échanges et de délibérations à l’issue de laquelle seront désignés parmi eux les lauréats Audi talents 2020.

Découvrez ici leurs parcours et leurs projets.

Charlie Aubry

P3.450

Actuellement, nous vivons un phénomène incontrôlable où nous alimentons chaque jour des bases de données invisibles. Chaque consultation sur internet, l’utilisation de nos cartes de crédits, de nos smartphones, laisse des empreintes. Ces bases de données servent à nous classer, nous exploiter à des fins commerciales, à monnayer nos vies. P3.450 est une utopie critique d’un futur très proche où ces phénomènes de données collectées jusque là invisibles, deviennent matérielles. Ces données sont exploitées en temps réel par une intelligence artificielle pour améliorer notre expérience de vie quotidienne.

Cette installation sera immersive, elle s’étendra sur un plan hippodamien tel une ville que l’on pourra traverser. Le public sera immergé dans des réminiscences, des trames d’histoires peut-être déjà vécues dans lesquelles il pourra se perdre, se laisser aller à la rêverie.

Diplômé de l’école des beaux-arts de Toulouse en 2014, Charlie Aubry développe une pratique autour de l’électronique dans laquelle il questionne l’erreur comme méthode d’apprentissage. Il détourne des objets électroniques, qui deviennent pour lui de outils de création sonore et visuelle.

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Florian Viel

Symphony for one jungle and some tools

« Le regard perdu dans la nuit noire, il écoute les bruits de la forêt qui l’entoure. Le vol d’un oiseau, une branche qui craque, l’appel d’un singe, la stridulation des grillons… Il observe chaque son qui l’emporte vers un périple intérieur. Avec le seul pouvoir de l’ouïe, un univers fantastique s’offre à lui. » Telles sont les sensations rencontrées lors de voyages qui guident l’approche artistique de Florian Viel.

Diplômé des Beaux-Arts de Paris après un passage par Cal’Arts – Los Angeles, il consacre son mémoire à l’émergence des plantes dans l’art contemporain. Il construit sa démarche autour de questionnements relevant du tropicalisme, usant des ressorts d’une imagerie construite autour du prisme occidental. Il s’intéresse notamment au concept d’art total et plonge le visiteur dans des atmosphères maîtrisées dans le moindre détail.

Avec Symphony for one jungle and some tools, l’artiste interroge les rapports stéréotypés décelés dans la constitution de l’imaginaire collectif. Projet multi-média, entre dessin, vidéo, sculpture activable, son et performance, cette composition environnementale offre une vision dystopique d’une jungle dont nous ne pourrions bientôt plus n’être témoins que par le biais de sa reconstruction artificielle.

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Henri Frachon & Antoine Lecharny

Abstract design manifesto

1. Le design abstrait n’est pas de l’art ; 2. Le design abstrait ne renonce pas au design, il renonce à l’usage. Il laisse les iPhones, les chaises et les kayaks au design ; 3. Le design abstrait s’intéresse à des sujets liés au design : le trou, la légèreté, la dissonance, l’équilibre, l’extrusion, le triangle, l’axe, etc. ; 4. Le design abstrait s’engage dans une quête : s’intéresser au trou, c’est tenter d’en saisir l’essence, ce n’est pas dessiner une passoire […] 8. Le design abstrait se veut clair, sobre et radical.

Abstract design manifesto est un projet d’exposition inaugurale du design abstrait autour de cinq sujets élémentaires et énigmatiques : le trou, le jonc doucine, le triangle, le congé et la dissonance. À première vue, ces sujets paraissent éloignés, c’est par leur volonté d’en saisir l’essence qu’Henri Frachon et Antoine Lecharny les rassemblent.

Ces deux designers industriels formés à l’ENSCI-Les Ateliers tentent d’épuiser les sujets qu’ils traitent par une recherche fondamentale et foisonnante ; puisant autant dans la rigueur géométrique de Donald Judd que dans la sensibilité vibrante d’Enzo Mari. À travers leur démarche, ils essaient d’élaborer une forme d’expression inédite en design, affranchie de l’usage et tournée vers l’abstraction.

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Marie-Sarah Adenis

Ce qui tient à un fil

Lorsqu’on tire un seul fil de la nature, on découvre qu’il est attaché au reste du monde. Cette phrase de John Muir illustre à merveille le propos de Ce qui tient à un fil dont l’ambition est de proposer de nouveaux récits de la grande épopée du vivant à partir de la molécule d’ADN, fil conducteur partagé par tous les êtres vivants.

Designer diplômée de l’ENSCI-Les Ateliers et biologiste diplômée de l’ENS-Ulm, Marie-Sarah Adenis cherche à rendre visible l’invisible. Ici, c’est à faire parler l’ADN qu’elle travaille. Non pour en tirer des analyses individuelles mais pour faire éclore les histoires communes, les phylogénies, qui nous relient depuis la nuit des temps et qui s’avèrent particulièrement précieuses au moment où le vivant traverse une crise profonde.

Ce qui tient à un fil propose une médiation sensible du génome afin de donner plus de prise à cette archive que chacun porte en soi et qui nous relie les uns aux autres que l’on soit humain, bactérie ou pélican. Cette expérience inédite consiste en une immersion dans le génome à travers une installation : La forêt chromosomique, qui se poursuit par une promenade virtuelle dans Le jardin des hélices.

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© Thomas Landrain

Mawena Yehouessi

NSNAMDLM (Nous Sommes Né.e.s Au Milieu De La Mer)

« Latitude, Longitude, Solitude… » ; ou comment renverser les habitus produits de l’Histoire officielle, hégémonique, capitaliste et coloniale au profit d’autres mythes, parcours, interactions et récits ? Comment engendrer, (Tout-)contre nos inconsciences collectives, de ces alternatives hétérotopiques, précaires, écologiques et décoloniales où coexistence devienne synonyme de co-création ?

A ces questions, plutôt que d’y répondre de manière univoque, NSNAMDLM (Nous Sommes Né.e.s Au Milieu De La Mer) s’envisage comme un manifeste collaboratif, pour la génération d’autres imaginaires et pratiques possibles, d’autres savoirs, savoirs-faire et savoirs-vivre.

Installation monumentale – un aquarium géant – et pièce chorégraphique, NSNAMDLM associe technologies de pointe (aquariologie, ingénierie, programmation, 3D, …) et techniques créatives (somatiques, sonores, vidéo, hypnose…) à fort engagement poïéthiques (à la jonction de l’éthique et de l’esthétique, du poétique et du politique). Il bouleverse ainsi la vision fonctionnelle de l’espace d’exposition et nous invite à sa transition vers d’autres dimensions : expérimentales, expérientielles, dramaturgiques et collectives.

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Pauline Bailay & Hugo Poirier

PLAN B – Alternatives à la vision dominante d’un futur robotisé

Le projet Plan B prend pour objet d’étude l’introduction et l’évolution des nouvelles technologies dans nos intérieurs domestiques. En somme, ce que nous réserve la domotique dans « la maison du futur ». Ces visions manquent cruellement de diversité : on nous donne à voir des images formatées qui transpirent les mêmes matériaux lisses, les mêmes couleurs, la même lumière immaculée, les mêmes sourires benêts face à des objets toujours plus connectés.

Nous partons du postulat que les nouvelles technologies ne peuvent être restreintes à des archétypes d’objets sur-connectés et des dispositifs miniaturisés ultra-sophistiqués, mais qu’au contraire, elles sont un terrain à défricher dans lequel il faut ouvrir de nouvelles voies.

Plan B prendra la forme d’une installation immersive proposant trois espaces fictionnels, au sein desquels des objets textiles aux propriétés particulières se substituent à la domotique actuelle. Flirtant avec les frontières du réel et empruntant des codes aux décors de théâtre ou de cinéma, ces fictions suggéreront d’autres chemins possibles du progrès technique dans l’habitat, une autre vision du confort, de nouvelles esthétiques, ouvrant ainsi de nouveaux imaginaires.

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Selma Lepart

Empires Autonomes

Dans le projet Empires Autonomes, Selma Lepart a pour enjeu de créer un corpus d’œuvres possédant la capacité de se mouvoir, d’exister et de survivre dans notre monde en faisant preuve d’une forme d’intelligence sensible. Ces œuvres seront composées de matériaux émergents et/ou de structures dynamiques combinés à un système d’apprentissage. Ces entités, fragiles formes de vie, quasi-fantomatiques, exploreront leur environnement et tenteront d’y évoluer.

Empires Autonomes se présentera sous forme d’un triptyque dans lequel une première partie des œuvres migreront dans l’espace à la recherche de liens sociaux, poussées par un vent qui n’existe pas. La seconde partie semblera porter en elle les prémices d’une vie artificielle étrange et inquiétante pendant que la troisième partie ouvrira une brèche dans la perception que nous nous faisons des limites de notre monde. Le public, dans son rôle de parfait intrus, fera partie intégrante de cet écosystème.

Chaque œuvre aura sa propre représentation du monde dans lequel elle évolue, son mode d’échange et sa manière de s’y adapter. En développant leurs propres comportements, ces objets échapperont à leur auteur, redéfinissant ainsi son rôle de créateur.

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© Fabien Breuil

Thomas Teurlai

BOOTLEGG/AÉROPONICS

Le projet BOOTLEGG/AÉROPONICS tend à concrétiser plusieurs années d’expérimentations menées entre la France, le Sénégal, et les États-Unis autour de différentes techniques de cultures hors-sol hybridées pour produire une archive vivante et mobile de la pharmacopée des friches urbaines.

Biotope suspendu, architecture modulaire à mi-chemin entre la bibliothèque et l’usine à gaz, BOOTLEGG/AÉROPONICS est à la fois un jardin, un laboratoire et une cathédrale. Orgue géant où les dernières évolutions techniques en matière d’agronomie « indoor » côtoient la culture « do it yourself » et où la sculpture devient un domaine étendu du jardinage.

BOOTLEGG/AÉROPONICS expose la biodiversité des marges, documente les paysages et les végétations, invite à reconnaître et à nommer les êtres qu’elles abritent. Il peut agir comme un jeu ; mène vers un nouvel univers de sens et de savoirs. Tirant sa sève des rebuts électroménagers et s’inspirant des dispositifs de production de masse, ce jardin, sorte d’usine-atelier ambulant, entend questionner le rapport animiste qui nous lie aux objets techniques. Ces matériaux-zombie dont il s’agira de forcer les secondes vies agiront comme des greffes, un syncrétisme entre la chaîne de montage et une messe noire.

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© Alban Teurlai

Uèle Lamore

LOOM

Compositrice, arrangeuse et cheffe d’orchestre spécialisée dans les musiques actuelles, Uèle Lamore imagine LOOM. Une fresque musicale et visuelle construite sur le modèle du poème symphonique, retraçant l’histoire de l’apparition de la vie sur terre : du chaos du Big Bang à l’apparition des premiers micro-organismes, la mise en place d’écosystèmes complexes, jusqu’à l’inévitable extinction, menant à un renouveau de cet infini cycle.

Les forces musicales de LOOM sont plurielles, puissantes. Rythmiques acoustiques, électroniques, textures synthétiques, utilisation des forces orchestrales, dénaturation de certains instruments au travers de traitements sonores : la palette sonore est aussi riche et colorée que notre monde et ce qui le constitue, du minéral, aux plantes en passant par les animaux.

Accompagné des « alive paintings » de l’artiste japonaise Akiko Nakayama, tableaux filmés en macro et en temps réel de différentes matières organiques mélangées à des encres et peintures pour créer des mondes irréels, et à un système son immersif, LOOM transportera son spectateur au cœur de « son » histoire, pour remettre en perspective sa place dans l’environnement et le rôle qu’il y tient.

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© Zoé Coulon

Ugo Schiavi

The Présent is the Key to the Past is the Key to the Futur

Le projet est le fruit de plusieurs années de réflexions, de recherches et d’expérimentations sur les questions relatives à l’hybridation et la contamination dans l’ère de l’Anthropocène. Constitué essentiellement de déchets plastiques rejetés par la mer, fondus puis associés à des organismes vivants, Ugo Schiavi souhaite réaliser une série de volumes hybrides, des sortes d’écosystèmes aberrant où cohabitent éléments organiques et produits industrialisés.

Découvert en 2006, le plastiglomerat désigne une formation géologique née de la dégradation de roches naturelles et de débris de plastiques. Directement généré par la pollution océanique, il marque l’entrée définitive du plastique dans le cycle géologique. Ces conglomérats de polymères sont aujourd’hui de véritables nouveaux récifs, à l’intérieur desquels s’est installée une relation symbiotique entre les différents organismes.

Le titre du projet, prolongeant la phrase du géologue Charles Lyell « The Present is the Key to the Past », indique la volonté d’instaurer une contre-archéologie, où il ne s’agirait plus de recueillir les traces du passé mais d’imaginer les vestiges du futur. L’hypothèse scientifique devient alors pure spéculation artistique.

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© Vincent Ferrane