Rendez-vous le 4 juin pour la révélation des lauréats 

Les finalistes 2019

Bravo à Julie Chaffort, Caroline Corbasson, Hoël Duret, Julie Figueroa Zafiro, Eva Medin, Camille Menard, Teddy Sanches, Antoine Alesandrini et Chrystèle Nicot, Victor Vaysse, Roman Weil ! Finalistes de l’appel à projets Audi talents 2019, ils soutiendront leurs projets le 4 juin au Palais de Tokyo devant les jurés Félicie d’Estienne d’Orves, Jérôme Delormas, Constance Rubini et Nathalie Vallois. Une journée d’échanges et de délibérations à l’issue de laquelle seront désignés parmi eux les lauréats Audi talents 2019.

Découvrez ici leurs parcours et leurs projets.

Julie Chaffort – Printemps

Le cinéma est un médium dominant, naturel, que Julie Chaffort a très tôt choisi de développer, à l’école des Beaux-Arts de Bordeaux, puis auprès de Roy Andersson qu’elle a assisté, et de Werner Herzog dont elle a suivi le séminaire à la Rogue Film School. Ses vidéos mirent le paysage, le toisent et le parcourent ; on y croise des hommes au destin tragique et des héros aussi beaux que les chants qui les accompagnent.

Expérience filmique onirique, contemplative et délicate, son projet vidéo Printemps s’articule autour des notions de mémoire, de sacrifice et de folie, où le sentiment de péril est omniprésent. Elle souhaite mettre en scène des êtres enflammés qui errent dans des paysages inhabités ; faire vivre et évoluer des personnages en feu, brûlant littéralement, en totalité ou en partie, seuls et à plusieurs.

Explorant la contradiction de disparaître tout en étant encore là, tout en étant encore visible, provoquant la lumière, la blancheur, l’éblouissement, elle commencera sa recherche dans la forêt, à cartographier ces existences invisibles lumineuses, avant de travailler la mise en scène avec des cascadeurs et des danseurs professionnels. Un catalogue ainsi qu’une installation vidéo et sonore concrétiseront son projet cinématographique, pensé comme une exposition « en mouvement ».

www.julie-chaffort.com

Photo: Aurore Aulong

Caroline Corbasson – Super-Kamiokande

Diplômée des Beaux-Arts de Paris après un passage à la St Martins School de Londres, Caroline Corbasson questionne depuis plusieurs années notre rapport au monde et à l’univers, ainsi que notre manière d’aborder, d’observer et de quantifier ces environnements plus ou moins lointains. Son travail accorde depuis peu une place inédite au medium cinématographique.

Expérience filmique immersive, son projet Super-Kamiokande s’inscrit dans le prolongement de sa démarche et inclut une exposition d’œuvres plastiques et une édition. En prenant pour sujet principal l’observatoire de neutrinos (particules élémentaires) Super-Kamiokande – un espace architectural futuriste unique et haut-lieu de recherche scientifique installé au Japon -, elle souhaite porter un regard et une réflexion poétiques sur les technologies d’observation astrophysique et notre relation au cosmos.

Mettant en rapport l’infiniment grand, dont l’évolution remonte à une période antéculturelle, et la profondeur de l’infiniment petit, perceptible grâce aux outils de la science, elle explore la rupture existant entre la perception immédiate de l’individu moyen et celle des scientifiques, de la place de l’homme dans l’univers.

http://www.carolinecorbasson.com

Hoël Duret – Argon feel 

Fondé sur le constat de la disparition progressive des récits dans la société de l’information et des réseaux sociaux, le projet Argon feel a la belle ambition de proposer une vision d’avenir en posant les hypothèses d’intelligences autres, non-humaines, botaniques et informatiques, dans une perspective poétique et enthousiaste du futur.

Diplômé des Beaux-Arts de Nantes, Hoël Duret expérimente depuis plusieurs années sur les formats narratifs et leur adresse au public. L’un de ses axes de travail consiste à mettre en place des environnements, des situations immersives et des objets de narration au statut complexe dont les thématiques, écologiques et technologiques via l’Intelligence Artificielle, sont au cœur du débat contemporain.

Alliant l’intelligence sensible de la flore et l’intelligence systémique de l’I.A., Argon feel livrera des histoires dont l’humain n’est ni le centre ni le producteur. A la lisière de la science-fiction, il convoquera les formes et les media adéquats, donnant lieu à des installations, vidéos, performances, peintures ou sculptures et livrant une vision critique et amusée des notions de mouvements, concepts et écoles de pensée. Tout ce qui voudrait être une recette pour rendre le monde tangible, cohérent, simple et rassurant.

www.hoelduret.com

Julie Figueroa Zafiro – Matières à pensées

Designer et architecte d’intérieur, formée à l’Ecole Camondo – Les Arts Décoratifs, Julie Figueroa Zafiro a créé luminaires et mobiliers pour de grandes marques depuis son diplôme en 2012 avant de laisser émerger une interrogation sous-jacente : « Comment habiter un monde fait d’espaces et d’objets si au départ nous ne savons pas habiter notre propre corps et le mettre en relation avec son environnement ? »

Entrée en résonance avec son autre passion pour la psychologie et l’exploration de la nature humaine, cette question a donné naissance à un désir et à un projet cherchant comment le design pouvait contribuer au mieux-être physique et psychique.

Elaboré en collaboration avec des professionnels de la santé, Matières à pensées ambitionne de développer une série d’objets ou dispositifs répondant aux besoins de personnes atteintes de troubles du développement : jeux d’eaux, briques-miroirs, bâtons de paroles, poubelles à émotions (…) facilitant les expériences sensorielles, la symbolisation, l’ouverture au monde et aux autres… Puisque, dit-elle, « Il me semble essentiel aujourd’hui dans la pratique du design de reconnaître la multiplicité des identités et des vulnérabilités qui sont représentatives d’une population. »

http://juliezafiro.com/

Eva Medin – Le Monde après la pluie

C’est une rencontre avec un lieu, la base sous-marine de Bordeaux, qui a inspiré son projet à Eva Medin. Travaillant principalement à partir d’espaces, l’artiste brésilienne diplômée de l’Ecole Nationale Supérieure des Arts Décoratifs de Paris et de l’Ecole Supérieure d’Art Plastique de Monaco a été frappée par la tension dramatique et onirique de l’architecture de béton.

A la fois vidéo et installation immersive, Le Monde après la pluie est une fable vidéographique qui met en scène les errances d’un personnage aux allures de cosmonaute de pacotille. A la façon d’un conte initiatique, le public est invité à suivre les déambulations de cet anti-héros dont l’objet de la quête se perd dans l’absence, la réflexion mélancolique jusqu’à basculer dans un rêve, une fantasmagorie surréaliste.

Symbole d’humanité, ce personnage burlesque et théâtral, à la lisière de la pantomime, nous replace face aux problématiques écologiques et géopolitiques qui agitent notre monde. En jouant sur le vocabulaire du théâtre et de l’illusion, la vidéo part ainsi d’une atmosphère post-apocalyptique pour faire l’apologie de l’instinct de vie et de la force de l’imaginaire. Elle vient questionner, par le prisme du rêve, nos modèles de sociétés.

https://evamedin.format.com/

Camille Menard – Self Esteem Shapers

La collection des Self Esteem Shapers de Camille Menard convoque le design comme un moyen de garantir une conscience critique. Diplômée de l’Ecole Boulle, la jeune femme a fait son mémoire de recherche sur les formes de conditionnement que peuvent produire les objets domestiques sur l’humain. Un champ qui la passionne. Elle a identifié les accessoires de fitness comme des objets de notre environnement domestique susceptibles d’altérer nos représentations.

Aguichants mais trompeurs dans leur efficacité sportive, les appareils de fitness Self Esteem Shapers font démonstration par les comportements révélés et l’absurdité des situations produites.

Ainsi, le « Wind Stepper Selfie » éprouve la pression liée aux réseaux sociaux ; le « Pulldown Check-up Mirror » révèle notre niveau de narcissisme et la « Brain Dropping Remote », celui de notre nihilisme.

Dans une société fondée sur la valeur « Liberté », Camille Menard envisage « la possibilité pour l’usager de comprendre les mécanismes à l’œuvre dans ses choix afin d’échapper à l’aliénation sociale ». Elle aspire, non sans humour, à « promouvoir un design d’un genre nouveau, vecteur d’émancipation, afin de supplanter celui qui sature le marché sans posture critique ou réflexive. »
https://www.youtube.com/channel/UChjKU0eQrKUDs5R9idlRayw

Photo : Gaëlle Dechery

Teddy Sanches – Envahisseurs Battle

Marier le design et la danse Hip-Hop ? C’est l’idée rare qui a généré le projet Envahisseurs Battle de Teddy Sanches. Diplômé de l’ENSCI – Les Ateliers et danseur lui-même, le jeune designer a voulu questionner la forme de la battle, événement emblématique dans lequel les danseurs s’affrontent en danse improvisée sur des musiques choisies par des DJ.

Après avoir fait le constat que l’absence de scénographie dans les battles était en réalité la force du hip hop, il s’est demandé comment envahir l’espace uniquement avec le corps. Replongeant dans les origines du Bronx des années 1970, il a éprouvé le désir de renouer avec la forme du cercle qui permet au spectateur de participer ; qui autorise l’envahissement et le vivre ensemble, valeurs fondamentales du genre.

Envahisseurs Battle comprend ainsi les accessoires nécessaires à l’exercice des divers rôles à l’œuvre dans les battles : le ou la DJ, le MC qui anime, le jury, les danseurs, les sauceurs/ses qui diffusent la musique, les voyants qui filment, les ambianceurs, les sabliers qui surveillent le temps… Inspirés des valeurs portées par la rue et d’un quotidien transculturel, les équipements convoquent plusieurs champs du design : graphisme, produit, numérique, direction artistique, son, interface ou textile.

http://www.instagram.com/www_teddy/

Antoine Alesandrini et Chrystèle Nicot – Space Slasher

L’un a fait des études de réalisation audiovisuelle, l’autre est diplômée des Beaux-Arts de Paris. Antoine Alesandrini et Chrystèle Nicot ont commencé à réaliser des projets ensemble dès 2016. Certains de ces projets ont été autofinancés grâce aux nouvelles économies des crypto-monnaies et de la blockchain.

Forts de leur complicité artistique, ils souhaitent questionner, sur fond de conquête spatiale, la relation entre les artistes et les nouveaux outils techniques mis à leur disposition à l’heure du numérique et de l’intelligence artificielle. Détournant le vrai projet #dearmoon du collectionneur japonais Yusaku Maezawa, Space Slasher mettra en scène l’épopée des six artistes internationaux envoyés faire un tour complet de la Lune et revenir sur la Terre avec les plans d’une œuvre humaniste supposée instaurer la paix dans le monde.

L’installation reprendra le dispositif de huis-clos de la vidéo pour activer la subjectivité du spectateur, en éclatant l’espace confiné de la navette. Un espace reprenant les codes muséaux sera dédié à la réussite fictive de la mission spatiale où les spectateurs pourront revivre des moments-clés.
Leur précédent projet : 汗意 – INTENTIONAL SWEAT – 2019 https://vimeo.com/328568390/73ceadea08

Victor Vaysse – Ground truth

Premier opus d’un nouveau cycle de recherche proposant une narration libre sur l’histoire des réseaux informatiques, de leur genèse à leur forme actuelle qu’est Internet, Ground truth est un projet d’installation vidéo inspiré des techniques d’apprentissage numérique des systèmes de vision par ordinateur. Diplômé des Beaux Arts de Paris et du Fresnoy –Studio national des arts contemporains, Victor Vaysse s’est d’abord intéressé à la photographie. Le protocole de création des images a guidé son cheminement artistique.

Mettant les mythes et l’iconographie gréco-romaine en perspective avec l’histoire des techniques, de la représentation et de la narrativité en art, ainsi qu’avec différents types d’imageries contemporaines, son projet se place aux confins de la vidéo expérimentale, des arts numériques, de l’automatisation et de la sculpture.

Constitué d’une série de vidéos en stop-motion réalisées à partir de radiographies d’objets à 360°, à la façon des systèmes de contrôle des aéroports ou des photographies scientifiques, Ground truth a l’ambition d’opérer un déplacement du regard, passant du regard froid de la machine au regard sensible et poétique de l’artiste.

http://victorvays.se/

Roman Weil – Unité Festive Expérimentale

C’est un espace semi-ouvert d’environ 100 m2, composé de dispositifs dynamiques, lumineux et sonores impliquant le corps et ses sens… Fruit d’une forme de création à la croisée de la technique et des voyages mentaux, l’Unité Festive Expérimentale (U.F.E) de Roman Weil s’ancre dans une démarche de recherche, entre design industriel, expérience spatiale et sonore, entre technicité et plasticité.

Diplômé à la fois de CentraleSupelec en Ingénierie de la Conception des Systèmes Complexes et de l’ENSCI-Les Ateliers en Création Industrielle, le jeune designer explore la fête, et notamment la rave, comme un espace d’expérimentation total non seulement pour le public, mais également pour les artistes. Miroir de la science-fiction, elle est à ses yeux, aujourd’hui, « l’un des seuls laboratoires socio-techniques et utopistes de notre monde ».

Constituée de machines interactives où les paramètres sonores interagiront avec la cinétique et la programmation des lumières, son Unité Festive Expérimentale vise la mise au point d’un prototype social, d’une zone dédiée au lâcher-prise, d’une enclave sensitive activée par une célébration joyeuse de la technique.

https://www.instagram.com/romanweil/?hl=fr