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Le tour du monde d’Iván Argote

Il expose en septembre à Sao-Paulo, Buenos-Aires et Paris. Sculptures à Mexico, installations à Douala, vidéos entre Colombie et Indonésie, expositions à Paris et New York… Iván Argote, le lauréat Audi talents 2013 en Art Contemporain ne se lasse pas de s’affranchir des frontières. Avec un leitmotiv : délocaliser les visions. Rencontre en terre inconnue avec un jeune artiste du monde.

Quel était le message des Messengers, le film que vous avez réalisé grâce à votre prix Audi talents en 2013 ?

Le film posait la question de savoir comment se positionner vis à vis de certains sujets politiques et historiques depuis plusieurs endroits. Depuis l’Europe ou les Etats Unis, qui sont des puissances mondiales, on a tendance à avoir un avis sur la façon dont les choses devraient se passer dans le monde entier ; à être détenteur d’une bonne parole en n’ayant aucune connaissance de la vie quotidienne dans des lieux à l’écart des centres de pouvoir. Il se demandait comment essayer d’être cohérent tout en vivant dans un monde entièrement globalisé et en faisant partie d’une économie néo-libérale.

 

Message reçu ?

Le film a été bien accueilli. Il y a eu une projection au Palais de Tokyo dans le cadre de la monstration Audi talents, puis je l’ai montré dans des festivals à Marseille, au Chili, mais aussi dans différents cinémas indépendants, en Colombie, au Mexique, à Paris… Le ton jouait sur un point d’équilibre, une forme d’ambiguïté entre tourisme et retour critique ou politique. Parfois, il mettait certaines personnes mal à l’aise parce qu’il leur renvoyait une image d’eux-mêmes ayant un avis sur tout. De la complexité de critiquer plein de situations dans le monde en étant inclus dans un système marchand…

 

Making of « The Messengers », Ivan Argote, 2014

Cela vous semble-t-il loin ?

Ce n’est pas que ça me semble loin, c’est que j’ai beaucoup travaillé depuis ! Je trouve que le film a bien vieilli malgré ses imperfections. L’année de sa sortie, j’ai aussi fait ma deuxième exposition personnelle, un peu plus ambitieuse, à la Galerie Perrotin à Paris, ainsi qu’une exposition à la Galerie Vermelho, une des meilleures galeries brésiliennes à Sao Paulo. Ça m’a ouvert les portes en Amérique du sud. Depuis, cette année, j’ai fait l’exposition inaugurale de l’espace de la Galerie Perrotin à New York (voir l’interview d’Ivan Argote à New York), j’ai participé à d’autres biennales ou triennales à Buenos Aires, Bogota, Douala… J’avais fait d’autres films entre-temps, dont As far as we could get, dont le thème se rapprochait de celui de The Messengers. Filmé entre deux points au monde exactement opposés (Colombie et Indonésie), entre deux villes intermédiaires, ni connues, ni grandes, ni puissantes, il posait la question de l’importance qu’on accorde à certains endroits et de la non-importance qu’on accorde à certains autres.

 

Où peut-on vous suivre à présent ?

J’ai une nouvelle exposition qui commence le 5 septembre à la Galerie Vermelho à Sao Paulo. Je serai présent à la Biennale « Sur » à Buenos Aires, toujours en septembre, ainsi que dans l’exposition collective « Continua Sphères ENSEMBLE » au Centquatre à Paris à partir du 16 septembre. Je présenterai, enfin, deux grandes sculptures en métal, à partir de la fin octobre dans le centre-ville de Bogota.

 

As far as we could get, Ivan Argote, 2017

Le politique et l’humain

S’il aime à jouer avec les matières autant qu’à tordre les frontières (de la géographie comme de l’art), Iván Argote n’ignore pas, pour autant, le fil rouge qui traverse son œuvre. « Le point commun entre mes films et mes projets, analyse-t-il, est sûrement le rapport au discours hégémonique. Je m’intéresse à la façon dont l’histoire marque certaines dates et lieux en ignorant d’autres dates, lieux ou expériences de vie. Il y a toujours une négociation entre le centre et la périphérie du pouvoir. J’essaye de délocaliser les visions de passé, de présent et de futur ; d’explorer notre rapport à la politique et l’histoire en tant qu’entité sensible, pas seulement économique : en tant qu’humain. »

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