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Les jurés Audi talents awards 2016

Ils sont acteur/réalisateur, designer, à la tête d’un haut-lieu de la création contemporaine actuelle, compositeur et à l’affût des nouvelles tendances : ils étaient les membres du jury Audi talents awards 2016. Portraits.

 Mathieu Kassovitz

Il s’est révélé comme acteur en regardant « les hommes tomber » avec un Jacques Audiard tout nouveau, et s’est posé, avec « La Haine », comme le plus percutant des jeunes réalisateurs de sa génération (Prix de la mise en scène à Cannes et trois César, dont celui du Meilleur Film en 1996). Mathieu Kassovitz ne cesse, depuis ces débuts, de promener ses talents d’un côté à l’autre de la caméra et d’un côté à l’autre de l’Atlantique. Il a tourné sous la direction de Luc Besson, Costa-Gavras, Alain Chabat, Cédric Kahn, Steven Spielberg… Il a joué avec Jean-Louis Trintignant, Nicole Kidman ou Michel Serrault ; a dirigé, entre autres, Halle Berry, Penelope Cruz, Charlotte Rampling et Gérard Depardieu. Alternant entre films d’auteurs et d’action, drames intimistes, science fiction, comédies et documentaires historiques, il incarne depuis l’an dernier un agent de la DGSE dans la série « Le Bureau des Légendes », d’Eric Rochant, dont la seconde saison vient de commencer sur Canal+. C’est un regard particulièrement aigu et protéiforme qu’il s’apprête à porter sur le vivier de jeunes talents des Audi talents awards 2016. « Lorsqu’on m’a proposé de participer au jury, confie-t-il, j’avais à l’esprit notamment le court-métrage de Coralie Fargeat, la lauréate 2013. Je me suis dit que ce serait une chance de pouvoir découvrir des personnes de cette qualité. » Quant à connaître les critères qui feront pencher sa balance, ils sont ouverts dans la forme. « J’attends surtout d’avoir à faire à des univers cohérents, dit-il. Je m’intéresse particulièrement à tout ce qui est construction. Les projets doivent tenir debout de A à Z. » A la question de l’innovation, enfin, il associe la technologie. « Cela reposera, je pense, sur la façon d’utiliser la technologie. Soit, en faisant un film sur la technologie, soit en utilisant la technologie pour faire un film. La capacité des gens à fabriquer des images absolument somptueuses, des choses dignes de superproductions, dans des court-métrages réalisés avec trois francs six sous a tellement explosé aujourd’hui qu’il me tarde de voir ça ! »

 Jean-Baptiste de Laubier – Para One

Il baigne dans la musique depuis le berceau mais s’est formé au cinéma, à la Fémis… Jean-Baptiste de Laubier, alias Para One, a deux amours complémentaires qu’il ne cesse d’entre-nourrir. Rap, techno, pop, hip hop, rock alimentent la production d’un musicien qui réinvente constamment son art. Après deux albums et une bonne dizaine d’années passées à bousculer les frontières de la musique électronique sur la lancée de la French Touch, il a composé, en 2014, la bande originale du film Bande de Filles, de Céline Sciamma, présenté à la Quinzaine des réalisateurs à Cannes. Travaillant à son 3e album, il termine actuellement le scénario de son premier long-métrage en tant que réalisateur, co-écrit avec la même Céline Sciamma, et dont il signera aussi la BO. C’est l’importance du critère innovation qui l’a convaincu de prendre part au jury des Audi talents awards 2016. « Tout ce qui permet de regarder vers l’avant m’intéresse, confie-t-il. A fortiori dans une situation où j’aurai l’occasion d’être aux premières loges. En musique, on apprend assez tôt qu’on n’invente rien tout seul. Sans parler nécessairement d’aventures collectives, il me semble que l’innovation doit toujours s’appuyer sur les avancées du passé, quitte à ce qu’elle soit une réaction. Car c’est au fond s’inspirer que de rompre… » Spécialement sensible à l’impact encore mal connu des récentes révolutions technologiques sur les matériaux, les moyens d’ingénierie et de production ou reproduction, il se dit passionné par les transformations générées dans l’approche du design et des applications industrielles potentielles, y compris dans des pays en voie de développement. Mais c’est tous azimuts qu’il guettera les projets les plus innovants : « Je serai attentif à la présence d’idées neuves, annonce-t-il. On reconnaît assez vite une idée vraiment originale, car contrairement à ce qu’on a tendance à se raconter, c’est assez rare. Or, c’est ce dont nous manquons le plus, car les idées ont une vraie puissance de transformation, y compris de notre point de vue sur les choses. J’attends donc d’être déstabilisé, surpris, enthousiasmé, et ce dans toutes les disciplines du concours. »

Voir Para One https://www.youtube.com/channel/UCkaYI-6bGaYNg66-Nh5A2Aw

Ecouter Para One https://soundcloud.com/para-one

 Jose-Manuel Gonçalves

Des hautes études en Pratiques sociales, des débuts comme formateur sportif, la responsabilité d’un premier lieu à 21 ans, la promotion de la culture française à l’Etranger à 35, la direction d’une première scène nationale (La Ferme du Buisson, à Marne La Vallée) à 38… C’est un parcours singulier qui a conduit José-Manuel Gonçalves jusqu’à la tête d’un des hauts lieux actuels de la culture contemporaine à Paris. Directeur du Centquatre depuis 2010, réalisateur des Nuits Blanches 2014 et 2015, le co-directeur du projet artistique et culturel du Grand Paris Express a des curiosités protéiformes. Convaincu que l’innovation est le résultat d’une agrégation plutôt que d’une rupture, il dit aimer à observer particulièrement ce qui est induit par les rencontres. Fussent-elles fortuites. « L’innovation s’exprime dans tous les domaines, affirme-t-il. Nous sommes, au Centquatre, à la fois un lieu de production artistique et un lieu de production d’innovation dans le champ des industries créatives. J’observe que l’innovation se trouve le plus souvent là où il y a de la multidisciplinarité. Quand, par exemple, s’associent des musiciens à des chercheurs ou des biologistes à des plasticiens… La nouveauté ne relève pas forcément des contenus ou des éléments, mais de la manière de les associer. C’est l’intelligence des agencements qui aboutit à la création de quelque chose de différent. » C’est parce qu’il est attentif à tout ce qui se passe que lui a plu l’idée d’être juré aux Audi talents awards. « Il y a dans ce concours une forme de sérieux et de densité particulière. J’y ai souvent pioché des artistes que je n’avais pas forcément identifiés moi-même, avoue-t-il. Ca fait partie des endroits où on repère. » Quant à savoir ce qu’il attend des projets ? La porte est aussi largement ouverte qu’elle l’est au Centquatre : « Il faut que je sois le plus surpris possible, prévient-il. Moins je comprends ce qui m’est présenté et plus ça attire mon attention ! »

www.104.fr

 Constance Guisset

C’est une designer désormais incontournable. Six ans après son parcours victorieux parmi les candidats aux Audi talents awards, Constance Guisset participe cette année, côté jury, au concours qui l’a consacrée. Formée à la création à l’ENSCI – Les Ateliers, après des études à l’ESSEC et à Sciences Po, le travail de la lauréate 2010 avait été consacré sitôt son diplôme en poche : Grand Prix du Design de la Ville de Paris et Prix du Public à la Design Parade de la Villa Noailles en 2008 ; Audi talents award, donc, et Designer de l’année au Salon Maison & Objets en 2010… Elle continue, depuis lors, à exercer son talent sur des voies parallèles. Elle travaille, en design, avec de nombreuses maisons d’édition d’objets ou de mobilier (Petite Friture, Moustache, Zao Zuo…) et conçoit des scénographies pour des musées ou spectacles. Elle est exposée au Havre et à Montigny-lès-Metz en mai 2016 mais aussi au MUDAC de Lausanne, en septembre. On pourra voir, entre-temps, sa première scénographie pour la compagnie de danse Wang Ramirez et le résultat de sa troisième collaboration avec Angelin Preljocaj en septembre. Sa participation au jury Audi talents awards lui paraît naturelle. « Je crois assez à une forme de transmission, souligne-t-elle. Je trouve important d’aider les jeunes à présenter leurs projets, d’autant que ce concours a un fort impact. J’avais moi-même été aidée par mon jury des Audi talents awards. Il est souhaitable de faire un peu de suivi et donner des conseils ! » Comment aborde-t-elle son rôle ? A quoi sera-t-elle sensible dans les projets des candidats ? « Les critères sont toujours un peu les mêmes, dit-elle : qu’ils soient surprenants, qu’ils arrivent à nous étonner ; qu’ils fassent rêver mais répondent en même temps à une logique rationnelle. Il est parfois intéressant de proposer des projets qui ne sont pas réalisables tout de suite, précise-t-elle. C’est une question de potentiel. La magie d’une alchimie réussie. »

www.constanceguisset.com

 Jérôme Ruskin

C’est sur les bancs de l’EHESS (Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales) qu’est venu à Jérôme Ruskin le désir de d’ouvrir au plus grand nombre l’accès au monde des idées. Il a 26 ans, en 2010, quand il crée « Usbek & Rica ». Avec un titre clin d’œil aux personnages des Lettres Persanes, de Montesquieu, « Le magazine qui explore le futur » a pour ambition de démocratiser les savoirs et de donner la parole à ceux qui créent et réfléchissent. D’abord paru sous forme de mook, le trimestriel tient son cap sur les flots pourtant agités de la presse papier. Mieux, il devient une référence. Proposant désormais des cycles de conférences (Tribunal pour les générations futures), des MakerBox (boîtes cadeaux ouvrant accès aux fablabs ou aux impressions 3D) et tout un volet de collaborations avec les marques et entreprises (brand content) sur les questions d’avenir, Jérôme Ruskin a développé son concept sans changer sa philosophie. L’idée lui a tout de suite plu, pour les Audi talents awards, d’être un juré hors catégorie, car « ce regard transversal et pluridisciplinaire, explique-t-il, est celui qu’on a dans « Usbek & Rica ». Quant à savoir les critères qui prévaudront dans ces choix. Ils sont en adéquation avec les principes qu’il défend depuis l’origine : « Je vais être attentif au facteur responsabilité (est-ce que l’innovation est éthique ? écologique ? sociale ?), mais aussi au potentiel révolutionnaire (est-ce que l’innovation va apporter une rupture dans la manière d’appréhender les choses ?). Il m’importera de savoir que le projet est durable, qu’il a une chance de résister aux modes, et qu’il s’adresse au plus grand nombre : qu’il traverse les générations, concerne aussi bien les jeunes que les vieux, etc. C’est la question que nous nous posons sans cesse chez « Usbek et Rica » : en quoi tous ces progrès créatifs, techniques, etc. sont-ils des progrès pour l’être humain ? C’est ce qui porte notre métier. »

http://usbek-et-rica.fr/

 Patrice Lamothe

PDG et co-fondateur de Pearltrees, Patrice Lamothe est à l’origine d’un service d’organisation de l’information sur le web comptabilisant à ce jour quelque 2,5 millions d’utilisateurs dans le monde. Une idée simple qu’il a su mettre en œuvre dans la bonne concordance des temps. « Dans les années 1990, résume-t-il, la première phase d’Internet avait démocratisé l’accès à l’information. La deuxième phase, dans les années 2000, a ouvert l’accès à la création de contenus. La grande question des années 2010 était de donner un sens démocratique à cette information. » Ainsi allait naître Pearltrees, un système flexible permettant aux particuliers, aux entreprises et au monde de l’éducation de classer et de partager et de retrouver de l’information de manière collaborative. C’est donc en expert de l’innovation que Patrice Lamothe participe au jury de cette nouvelle édition des Audi talents awards. Sans a priori sur les disciplines en concours, il apprécie la transversalité du regard qu’on lui demande de porter. « Un service Internet consumer comme le nôtre est fondamentalement multidisciplinaire, analyse-t-il. Créer un nouveau service réclame d’intégrer de la technologie, via des mathématiques, mais aussi du design et de l’ergonomie utilisateur, c’est à dire de multiples champs différents. Je me reconnais donc bien dans le transverse ! ». Séduit par « les moyens très significatifs donnés aux jeunes créateurs pour réaliser un vrai projet complet », il se dit spécialement sensible à « la radicalité nouveauté ». « Innover ne consiste pas à reformuler ni à exploiter, insiste-t-il, mais à repousser la frontière de l’expérience ou de la connaissance. » « La simplicité est également un principe important. La complexité n’est souvent qu’un amas d’idées simples. Si une idée est réellement nouvelle et intéressante, elle n’a pas besoin d’être agrégée. Plus elle est pure, plus elle est forte. »

www.pearltrees.com