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Alteration - teaser

Jérôme Blanquet ouvre le champ des possibles 

Pour le jeu vidéo ou le reportage, c’est un nouveau territoire ; pour la fiction, c’est un monde vierge. Avec Alteration, le projet de court-métrage en réalité virtuelle et relief qui lui a valu un Audi talents en 2016, Jérôme Blanquet s’attaque à l’inconnu. Narration, tournage, post-production, diffusion… : ici, tout s’invente à chaque étape de la production, et le jeune réalisateur ouvre le champ des possibles. Rencontre.

 

Alteration est coproduit par OKIO Studio, ARTE France, Saint George Studio et Metronomic et a bénéficié du soutien de Audi talents.

Présenté le 26 juin, en avant-première, dans la toute nouvelle salle MK2 VR à Paris, le film est visible gratuitement dès le 27 juin sur l’application mobile ARTE360 VR. Une version interactive, via une application dédiée pour casques VR (application mobile pour casques Samsung Gear et desktop pour Oculus Rift), est également prévue.

Pouvez-vous décrire l’innovation technologique et narrative induite par le mix 3D/réalité virtuelle ?

Dans toute l’histoire de la représentation, les artistes ont évolué dans un cadre : des peintures rupestres à la naissance de la perspective à la Renaissance, en passant par la photo, le cinéma, la télé… Même les techniques de relief restent dans un cadre. Pour la première fois, avec la réalité virtuelle, on entre dans une représentation immersive car sphérique, ce qui est plus proche de la réalité. Et pour que l’immersion soit encore plus forte, elle doit être en stéréo (relief). Avec la réalité virtuelle en relief, nous sommes dans une véritable substitution à la réalité objective ; le cerveau est trompé.

 

Comment vous est venue cette idée ?

Lorsque j’ai découvert la réalité virtuelle, j’ai eu une révélation : les rêves que nous faisons en dormant sont comme des films VR (en réalité virtuelle), dont le réalisateur et le scénariste seraient notre inconscient. Nous nous plongeons littéralement dans un autre monde, notre cerveau en est convaincu. Mais la VR provoque aussi une frustration car les interactions avec l’environnement sont quasi-inexistantes.  C’est pourquoi il est nécessaire que le point de vue soit justifié : il faut que l’on sache qui on est et pourquoi on ne peut pas agir. Voilà pourquoi, dans Altération, j’ai choisi l’état du rêve, dans lequel, nous restons observateurs/spectateurs tout en étant pleinement impliqués.
Dans ma démarche artistique, j’aime explorer les outils, les détourner, les bousculer et les utiliser comme source de sens. En retrouvant de la spontanéité, je fais sortir ce qui est hors de ma conscience. C’est le cas dans le court métrage Accouchement sonique, qui suit en vue subjective les errances d’un homme dans le coma en détournant les effets produits par la compression informatique de la vidéo. Ou encore dans Parallaxe, un court-métrage en cours de production, qui aborde l’expérience d’un aveugle qui choisit de retrouver la vue grâce à un implant (détournement de la caméra 3D Kinect). Dans cette perspective, la VR est un outil, un outil avec lequel il reste tout à faire !

 

Comment en tant que réalisateur avez-vous envisagé la disparition du cadrage ?

C’est une vraie contrainte : il est difficile de faire passer un point de vue sans les outils du cadrage et du montage du cinéma classique. Du coup, le regard du spectateur va d’abord être défini par la mise en scène, proche du théâtre « intime » : le spectateur est en effet littéralement au milieu des acteurs, immergé dans le décor. L’autre outil indispensable qui nous permet de capter l’attention du spectateur, c’est le son.

 

Comment organiser un plateau sans partie invisible ?

Tout dépend du décor… Le but étant de trouver un endroit où se cacher ! Et puis c’est une difficulté en termes de retour pour le réalisateur, qui a l’habitude, dans le cinéma classique, d’être proche de ses comédiens.

 

Comment avez-vous pensé le visionnage de votre film ?

Il y aura trois modes de visionnage : tout d’abord sous forme linéaire, c’est-à-dire sans interactions. Ou alors sous forme d’application avec des interactions passives. Celle-ci sera disponible sur la plateforme Oculus. Enfin, j’aimerais le présenter sous forme d’installation dans les musées et festivals avec un dispositif spécial : le casque VR est couplé à un capteur neuronal qui transmet l’activité cérébrale du spectateur. Le but est d’utiliser ces données afin de modifier en temps réel les paramètres du film.

 

Comment les acteurs se sont-ils adaptés à ces nouvelles conditions de tournage ?

Tout d’abord, tous ont été très curieux : comment allaient-ils se positionner dans l’espace ? Comment allaient-ils être perçus ?… La VR en relief impose une logique de plans séquences et dans cette optique nous avons répété comme pour le théâtre.
C’est leur jeu, leur déplacement, leur corps dans l’espace qui donnent le rythme à la scène.

Conscience modifiée

Imaginez… une histoire d’amour, tragique, avec au casting, entre autres, Amira Casar, Lizzie Brocheré et Bill Skarsgard, des enfants, un chat, un phare, une piscine, un loft, une artiste… Un conte contemporain, mais qui rapidement sort du cadre, vous entraîne, plus loin, dans les abysses d’une conscience modifiée. Celle d’Alexandro. Volontaire pour une étude sur le sommeil, le jeune homme va subir à son insu l’intrusion dans ses rêves d’Elsa, une Intelligence Artificielle qui va numériser et dématérialiser son inconscient pour s’en nourrir. D’abord à la place d’Alexandro, le spectateur se retrouve peu à peu à celle d’Elsa, littéralement immergé dans cet « autre » monde « altéré ».
Tourné en décembre 2016 en Charente, Alteration aura nécessité plus de trois mois de post-production (montage, assemblage, effets spéciaux, traitement son et relief). Le film, de 17 minutes, est produit avec le soutien d’Audi talents, par Arte France, Okio Studio et Saint George Studio, déjà à l’origine en 2016 d’I, Philip. Première fiction en réalité virtuelle, ce court-métrage de 14 min, récompensé par de nombreux prix, proposait une immersion dans l’univers de l’auteur de science-fiction Philip K. Dick. Dans le sillage de son prédécesseur, Alteration renouvelle encore le genre et invente une autre grammaire cinématographique. Nouveaux systèmes d’écriture, de prises de vue et de post-production pour une histoire d’amour impossible : le film va, on peut le présumer, faire date dans l’histoire de la réalité virtuelle.