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Eric Baudelaire en 3 œuvres

Lauréat des Audi talents awards en 2012 dans la catégorie Art Contemporain, Éric Baudelaire est un artiste de l’image, de ce qu’elle symbolise et de ses limites. A travers des films, des photos, en décalage avec ce qu’ils semblent représenter ou en créant des dialogues entre des forces opposées (Hollywood et le reportage de guerre) ou des entités que rien ne semble associer, l’artiste remet en question le sens des actes et des fictions.

En 2006, au festival Visa pour l’Image, Éric Baudelaire fait sensation.

Dans le plus grand festival international de photojournalisme, l’artiste présente un diptyque de photographies intitulé Dreadful Details, sur lequel apparaissent plusieurs scènes de guerres, plusieurs détails isolés réunis dans le champ d’un appareil opportuniste.

Cette scène, l’artiste l’a intégralement composée et mise en place dans un studio hollywoodien, là où sont tournés films et séries de guerre. En plein festival de photojournalisme, l’image trahit, l’image brille par sa légitimité apparente, totalement factice, et prend tout son sens. Photographe mais aussi vidéaste, Éric Baudelaire a réalisé, dans le cadre de son travail sur l’État/non-Etat qu’est l’Abkhazie, un film tiré d’une lettre qui en a entraîné d’autres.

Depuis Paris, l’artiste écrit à l’un des acteurs de cette nation qui ne demande qu’à naître, à une adresse improbable : Max Gvinjia, ex-Ministre des Affaires étrangères, Sukhum, République d’Abkhazie. Réaliste, Éric Baudelaire s’attend à ce que la lettre lui soit retournée. Mais, dix jours plus tard, Gvinjia répond, par mail, car l’Abkhazie ne fait pas dans le courrier international. Comment la lettre est-elle arrivée ? Mystère. S’ensuit une longue correspondance de 74 lettres, lues dans un film, avec les réponses, par l’artiste lui-même, illustrées d’images tournées sur place. Tout est politique.

A travers cette œuvre composée de 39 livres empilés les uns sur les autres, Éric Baudelaire crée une sorte de dialogue culturel absurde.

Dans leurs titres, tous les livres contiennent l’expression « unfinished business » (traduisez « travail inachevé », « dossier non résolu », ou « question en suspens »), et traitent de sujets totalement décalés, déconnectés. Pour accompagner cette pile de livres, l’artiste diffuse l’enregistrement des dernières phrases de chaque ouvrage lues à la suite par une voix off, se répondant en s’ignorant, traitant parfois de religion, d’« accomplissement de soi » ou encore d’une fin de roman à l’eau de rose.

L’art peut-il être politique ? Qu’en reste-t-il après le combat ? En 2012, à la Fiac, Jennifer Flay, Emma Lavigne, Mathieu Mercier et Arabelle Reille remettaient à Eric Baudelaire l’Audi talents award Art contemporain qui allait lui permettre de réaliser son film autour de la mémoire et de l’engagement : « The Ugly One ». Un projet étonnant puisqu’il reposait sur un processus expérimental de tournage à l’aveugle : le scénariste désigné, Masao Adachi, figure légendaire de la Nouvelle vague nippone et ancien militant de l’Armée rouge japonaise, y dévoilant au jour le jour, et à distance, son histoire au réalisateur.