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Emilie Pitoiset en trois œuvres

Dans ses références, elle cite Gustave Flaubert, Virginia Woolf ou Joris-Karl Huysmans. Mais tout l’art d’Émilie Pitoiset est de déconstruire ces influences pour mieux les détourner de leur voie originale afin de produire une œuvre inédite et touchante.

Lauréate en 2010 de l’Audi talents award Art contemporain, Émilie Pitoiset touche aussi bien à la sculpture qu’à la vidéo ou l’écriture.

Fascinée par la thématique de la symétrie, ses lignes droites de prime abord parfaites ne semblent demander qu’à être désordonnées, afin de bouleverser les habitudes et les normes auxquelles nous sommes habitués. C’est donc à quoi s’attelle la jeune artiste née en 1980, dans des compositions sobres, brutes, qui laissent la part belle à la géométrie tout en interrogeant la notion d’équilibre. Ses créations sont construites à la manière de véritables scénarios.

Situation initiale, rupture de l’équilibre de départ et dénouement avec retour à un autre équilibre, d’origine ou nouveau ; c’est selon. Elle y ajoute des éléments visuels touchant au surréalisme, qui apportent une touche énigmatique, noire dans des compositions qui frôlent parfois la notion de décadence. Car ce qui attire le plus Pitoiset, c’est le changement, c’est la chute qui vient faire basculer la situation de départ.

Ce déséquilibre soudain a en effet l’art de provoquer le vertige chez le spectateur, tout en infusant dans son imaginaire une impression d’inquiétante étrangeté toute freudienne. Au cours de sa jeune carrière, l’artiste française a participé à de nombreux projets, que ce soit en solo ou en collaboration avec d’autres créateurs de sa génération.

Exposée en Allemagne, en France ou encore au Pays-Bas, elle distille dans les galeries d’Europe ses œuvres audacieuses, un brin provocantes, mais toujours ancrées dans une interrogation plus profonde. Elle découpe des formes, noue des gants, tranche des vestes en deux et réalise des vidéos angoissantes où on sent une menace pesante, mais qu’il est difficile à définir. Toute la question est là : qu’est-ce qui nous dérange, au juste ? Qu’est-ce qui provoque cette rupture invisible, imperceptible, qui peut amener ensuite à cette fameuse chute qui la passionne au point d’habiter toutes ses créations artistiques ?

Bien évidemment, Émilie Pitoiset se garde de donner un semblant de réponse. Ce qu’elle aime, c’est jeter des pistes, ouvrir des brèches dans la normalité du quotidien en le filmant, en le photographiant, et en y ajoutant un soupçon d’anormalité qui choque alors, mais jamais brusquement : le trouble ruisselle d’abord en nous, avant de nous envahir.

La jeune créatrice serait-elle le lapin blanc d’Alice qui montre la voie vers son terrier ? Là aussi, une chute attend. S’inspirant parfois du travail d’André Breton, ses sculptures produisent des formes d’une grande ambigüité, remettant en cause notre rapport au réel même.

Émilie Pitoiset, en somme, c’est le coup de pied dans la fourmilière de la normalité, du lisse et du conventionnel. Chutes, déséquilibres, violence, animalité et points de vue partiellement structurants semblent occuper le cœur du travail d’Emilie Pitoiset.

Entrons dans la danse.