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Dominique Rocher : bientôt le long

La Vitesse du passé, le poétique court métrage de Dominique Rocher réalisé en 2011 avec le soutien des Audi talents awards, plongeait le spectateur dans une histoire d’amour bouleversée par un événement surnaturel. L’ancien lauréat du concours revient sur cette expérience et nous parle de ses nouveaux projets.

 

Les inRocKs : Quel a été votre parcours ?

Dominique Rocher : J’ai fait des études d’audiovisuel et de cinéma, mais ce qui a été pour moi le plus important et formateur est que j’ai commencé très jeune à travailler sur les plateaux. J’ai fait de la régie, de l’assistanat de réalisation… j’ai débuté tout en bas, avec les boulots les plus simples. C’était une manière d’apprendre et de gravir les échelons, petit à petit.

En parallèle, je réalisais des films avec une bande d’amis. Nos courts métrages ont plutôt bien marché, ce qui nous a permis de créer notre société de production, Buffalo Corp. Notre collectif a gagné un Audi talents award en 2010, à une période où le concours récompensait des films déjà réalisés. C’est comme ça que je l’ai découvert. Nous avons ensuite travaillé sur des projets solo, et j’ai commencé à penser à La Vitesse du passé. Je l’ai présenté l’année suivante au concours, qui avait changé de formule et finançait désormais des films. C’est ainsi que j’ai pu le réaliser.

Les inRocKs : Quel était le point de départ du projet ?

Dominique Rocher : C’est un peu dur de savoir d’où viennent les idées, mais je crois que deux choses en particulier m’ont inspirées. D’abord, un poème de Raymond Carver, La Vitesse foudroyante du passé. Sans vouloir en faire une adaptation, il y avait la thématique du deuil dans le couple qui m’intéressait.

J’ai été aussi marqué par un article sur le Large Hadron Collider, un accélérateur de particules en Suisse. L’article racontait que lors des premiers essais, il s’était produit un phénomène appelé « effet salmon », un ralentissement des horloges atomiques de 0,1 seconde dans les 50 kilomètres à la ronde. Beaucoup de théories en avaient découlé. Cela coïncidait avec des lectures que j’avais faites, notamment dans les livres de Stephen Hawking, sur le fait que chacun a son propre vécu du temps. J’ai voulu raconter cela à travers l’histoire d’un couple.

Les inRocKs : C’était la première fois que vous aviez autant de moyens pour réaliser un film ?

Dominique Rocher : Oui, et de loin ! La plupart des films que j’ai faits avant étaient quasiment tous autoproduits, tournés avec rien. On se débrouillait. Tout d’un coup, j’ai eu beaucoup de moyens. C’était, en terme d’équipe par exemple, des conditions de production d’un long métrage.

Les inRocKs : Sur quoi travaillez-vous maintenant ?

Dominique Rocher : Je prépare mon premier long métrage. Après la sortie de La Vitesse du passé, j’ai rencontré beaucoup de monde, des producteurs français et étrangers. Cela a été un véritable tremplin pour moi. J’ai été contacté par la société de production Haut et Court et je leur ai proposé l’adaptation du livre de Pit Agarmen, La Nuit a dévoré le monde. Le roman, une histoire de zombies, avait été nommé au Prix de Flore en 2012. Il m’a tout de suite énormément intéressé, je me suis senti très proche du personnage principal. J’ai ainsi travaillé avec les scénaristes Guillaume Lemans et Jérémie Guez à l’écriture du film, qui nous a pris plus de deux ans et demi. J’ai continué à le peaufiner cet été dans le cadre du Torino Film Lab, un labo pour des films en phase de pré-production. Après cette longue phase de gestation, qui je crois est nécessaire pour un long métrage, nous devrions rentrer en production cette année. Parallèlement, j’ai signé le développement d’une série fantastique au format 3×52’ avec Arte, produite par Storner prod, qui est d’ailleurs un peu inspirée de La Vitesse du passé. Nous sommes actuellement en pleine écriture.

Les inRocKs : Le film sera-t-il tourné en France ?

Dominique Rocher : Je ne sais pas encore, notamment pour des questions de budget. L’histoire se passe à Paris, c’est un huit clos dans un immeuble parisien. C’est un mélange entre les films Seul au monde et I am Legend. Une histoire de naufragé où l’immeuble est une île et les zombies sont l’océan.

 

Les inRocKs : Il y a dans vos films, dans La Vitesse du passé comme dans votre dernier clip, Daughters, pour le groupe We Were Evergreen, une attention particulière au mouvement, au geste, qu’il soit figé ou répété…

Dominique Rocher : C’est vrai que je tourne autour de ça, même si je ne saurais pas encore expliquer cet intérêt, ce choix de m’arrêter sur des gestes, des moments spécifiques. J’ai une fascination pour notre rapport au temps. L’expérience du clip de We Were Evergreen m’a beaucoup intéressé. J’ai vraiment aimé travailler en collaboration avec le chorégraphe Camille Ollagnier.

Filmer des danseurs m’attire énormément. C’est une autre forme de réalisation. J’aimerais approfondir cela plus tard.

Les inRocKs : Quel est votre rapport au film de genre ?

Dominique Rocher : Ce qui m’intéresse vraiment, c’est le fantastique à échelle humaine. Raconter des histoires de genre du point de vue d’un personnage et suivre l’intrigue à travers son regard. Une énorme référence pour moi a été pendant des années Eternal Sunshine of the Spotless Mind. J’adore la dimension humaine et sentimentale de ce film. De manière plus générale, je regrette que le cinéma de genre français soit actuellement si éteint. Je pense que nous sommes culturellement un très grand pays de fantastique, et je fais partie de ceux qui ont envie de voir le fantastique revenir. Il faut retrouver la confiance du public, comme l’a fait Haut et Court avec la série Les Revenants. On parle toujours des films américains, mais des pays en Asie ou en Europe, comme l’Angleterre ou l’Espagne, font de très bonnes productions. Nous avons eu quelques coups d’éclats ces dernières années mais je pense qu’il y a encore des choses à faire !