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De l’univers au microcosme

En janvier 2017, il présentait, grâce au soutien d’Audi talents et du CNES, l’audacieuse « En attendant Mars », une exposition composée de marionnettes, maquettes et vidéo interrogeant l’imaginaire de la conquête spatiale.  Depuis le 14 juin et jusqu’au 10 septembre, Bertrand Dezoteux, lauréat Audi talents 2016, explore les interdépendances des mécanismes du vivant dans un film présenté au Palais de Tokyo, dans le cadre de l’exposition « Le Rêve des formes ».

L’un de vos films est présenté au Palais de Tokyo dans le cadre d’une exposition très au diapason de votre univers…

« Le Rêve des Formes » est une exposition collective montée à l’occasion des 20 ans du Fresnoy -Studio national des arts contemporains. Elle réunit une vingtaine d’artistes contemporains et s’intéresse au lien entre l’art et la science. La plupart des artistes exposés sont issus du Fresnoy, comme moi. Certains d’entre eux ont opéré en binôme avec des scientifiques ou des chercheurs pour produire leurs œuvres. Tous ont travaillé avec des formes issues de travaux scientifiques. J’ai réalisé « Super-règne », court-métrage d’animation de 13 minutes, spécialement pour l’exposition.

Après l’infiniment grand de vos perspectives martiennes, dans l’exposition « En attendant Mars », une plongée dans l’infiniment petit ?

Le processus est toujours celui de mon intérêt pour un domaine scientifique. J’essaie d’en tirer une fable. Je trouve passionnant de donner accès au public à ces domaines en racontant des histoires. Cette fois, mon point de départ a été un livre de vulgarisation intitulé « L’univers bactériel » de la biologiste Lynn Margulis. Il m’intéressait de voir comment les êtres vivants étaient interconnectés, d’explorer le renouvellement des espèces. Esthétiquement j’ai trouvé des résonnances de ces mécanismes du vivant chez l’artiste autrichien Bruno Gironcoli. Ses sculptures monumentales combinent des éléments tels que des pièces de machines agricoles à des choses plus organiques et même à des bébés aliens. Cela illustrait bien ce que je ressentais en lisant le livre sur les bactéries.

Comment a émergé ce lien entre Gironcoli et les bactéries ?

Représenter le microcosme est assez limité dans l’imaginaire scientifique. Je cherchais quelque chose de plus fort que l’imagerie habituelle. Les sculptures de Gironcoli, elles, automatisent le vivant d’une manière étrange. Ses moissonneuses extraterrestres conjuguent différentes fonctions de l’ensemencement. J’ai entrepris de modéliser ses œuvres en 3 D et de créer tout un monde tiré de son univers, mais fonctionnant comme une science naturelle.

Restait à raconter une histoire…

J’ai mis ça en scène à travers l’histoire d’un livreur Deliveroo. Gironcoli, lui-même, commande à manger. Le livreur part dans Paris, emportant des spécialités autrichiennes, mais il se perd et rencontre des créatures tirées de son œuvre. Le repas n’est jamais livré… J’ai retrouvé dans le mécanisme Deliveroo l’idée de survivre grâce à la nourriture apportée par un autre individu. L’un sert à la survie d’un autre. Comme si dans ce modèle économique, on retrouvait un lien très primaire de coopération entre organismes. La science est un réservoir de récits incroyables.

« Le Rêve des Formes » s’achève le 10 septembre au Palais de Tokyo. Quels sont vos projets à venir ?

Mon exposition « En attendant Mars » à la Galerie Audi talents en début d’année a été très positive. Le projet va être réexposé l’année prochaine à l’Ecole d’Arts de Bayonne et aux Abattoirs à Toulouse en partenariat avec le CNES. Le film va également être montré aux Amandiers à Nanterre au printemps 2018. Deux expositions personnelles sont, par ailleurs, à venir : une à Nice, à La Station, à partir du 28 octobre et l’autre à la galerie Edouard Mannet à Gennevilliers, début avril 2018. Enfin, « Division mouvement to Vungtau », film que j’ai coréalisé avec Benjamin Crotty, va être montré au Festival International du Film de Toronto du 7 au 17 septembre.

En savoir plus sur l’exposition « Le rêve des formes » au Palais de Tokyo