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Coralie Fargeat : la revanche du genre

 

Sélectionné à Toronto, Gerardmer, Sundance… : le premier long métrage de la lauréate Audi talents Court métrage 2013 n’était pas encore en salles (le 7 février 2018) qu’il faisait déjà grand bruit. Un coup de poing ? Un phénomène ? Le marqueur d’un changement dans le cinéma hexagonal ? Dans la société ? Esthétique et fort, Revenge révèle les possibilités du film de genre à la française.
Entretien avec la réalisatrice une semaine après la sortie du film.

Photos : M.E.S. Productions – Monkey Pack Films

Votre premier long métrage joue à la fois avec les codes du revenge movie et avec les stéréotypes de genre. Quelle est le genre qui vous intéresse ?

Coralie Fargeat : Revenge est d’abord un film de genre cinématographique. C’est ce qui a construit ma cinéphilie. Après, la construction du personnage s’est faite dans l’idée d’une mue d’un personnage qu’on verrait comme faible et fragile au début et qui se révèlerait finalement en un personnage fort et puissant. Evidemment, J’ai beaucoup joué avec les symboliques du masculin et du féminin, les schémas inconscients et conscients qui se traduisent par rapport à ça, les stéréotypes de genre.

 

Après Le Télégramme et Reality+ – produit grâce à son Audi talents award NDLR -, deux courts métrages très différents, quelle était votre intention artistique ?

Coralie Fargeat : C’était vraiment de creuser plus loin mes envies d’être dans un cinéma qui s’éloigne de la réalité quotidienne. Dans mon tout premier court métrage, j’avais un budget très limité et pas toute la liberté d’explorer ce qui m’attirait. J’avais choisi une histoire très simple qui me permettait de construire en mise en scène l’atmosphère qui m’intéressait. L’idée de Reality+ était d’ancrer plus clairement mon cinéma dans un univers non réaliste, de créer des univers sonores et visuels très forts et très particuliers. Ca a été un tremplin pour aller encore plus loin en long métrage. Même si Reality+ et Revenge sont deux univers différents, l’intention et la démarche artistiques étaient déjà là, dans l’idée de créer un cinéma qu’on n’a pas l’habitude de voir ici.

 

Film d’horreur féministe, décomplexé, gore, esthétique, redoutable, jouissif… ? Validez-vous tous les adjectifs dont la presse qualifie Revenge ?

Coralie Fargeat : Pour moi, ça n’a jamais été un film d’horreur. La violence de laquelle je me rapproche est plus celle que j’ai pu apprécier dans le cinéma sud-coréen, dans celui de Tarentino ou de Cronenberg, où la violence est assez poussée, mais s’éloigne du simple film d’horreur parce qu’ils se détachent d’un réalisme gore pur et dur. C’est plus comme ça que j’ai pensé mon film. Je crois que la manière dont je pousse la violence à bout dans une sorte d’utilisation baroque crée un vrai filtre avec la réalité.

 

Le sursaut féministe déclenché par l’affaire Weinstein donne à votre film un éclairage particulier. Comment le vivez-vous ?

Coralie Fargeat : Ca a été la rencontre assez inédite entre des intentions que le film portait de manière intrinsèque et une actualité qui éclate de manière puissante. Les similitudes peuvent apparaître assez perturbantes, mais le film est infusé de ce qui se passe dans la société… Cette coïncidence de timing ne vient pas de rien. De manière consciente et inconsciente je suis imprégnée de choses qui sont là depuis très longtemps.

 

Sélections déjà multiples et prestigieuses en festivals (Toronto, Sundance, Gerardmer…), critiques élogieuses… Revenge fait un beau démarrage. Que peut-on lui souhaiter ?

Coralie Fargeat : Ce qui comptait surtout pour nous c’est que le film soit identifié ; ce qui a été le cas. Le parcours à l’étranger a été inouï ! On ne pouvait pas rêver aussi bien ! Quel que soit le box office ici, le pari est déjà gagné. Voir ce genre de film, réputé impossible à faire, aussi bien identifié avec une aussi belle mise en lumière, c’est déjà une réussite.

L’histoire

Un décor de rêve à la lisière du désert, trois quadras en goguette, une jolie fille, ultra sexy, des couleurs acidulées et le dérapage qui va tout renverser… Revenge raconte la métamorphose en machine de guerre de la pauvre créature violée et laissée pour morte par les mâles mauvais. Violent, subversif, réjouissant, mais aussi salué pour la qualité de son image, l’esthétique de sa mise en scène, le premier long métrage de Coralie Fargeat a été largement repéré dans les festivals internationaux et par la critique. Sûrement guetté après les multiples sélections et récompenses du court Reality +, que la jeune femme a pu réaliser en 2013 grâce au soutien Audi talents.

A voir : le making of de Reality+