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Benjamin Graindorge, le design expressif

Designer touche à tout, Benjamin Graindorge a remporté l’Audi talents awards Design en 2008. Aujourd’hui, il évoque pour les inRocKuptibles son travail et ses nombreux projets qui vont du costume de danse à l’architecture d’intérieur.

Les inRocKs: Quel est votre parcours ?

Benjamin Graindorge : Après un bac scientifique avec une option arts plastiques, j’ai directement intégré l’ENSCI- Les Ateliers, une école de création industrielle. J’ai donc enchaîné une formation scientifique avec une plus technique.

Les inRocKs : Etait-ce une vocation d’être designer ?

Benjamin Graindorge : Actuellement, le fait d’être designer est assez identifié. Cela l’était moins quand je m’y suis intéressé en 1999. Quand j’étais au lycée, j’ai vite senti que je voulais évoluer entre les mathématiques, la physique et le dessin. Je me suis rendu compte que les arts appliqués pouvaient me plaire. Il y avait évidemment l’architecture qui pouvait me parler mais qui était à une échelle qui ne me plaisait pas vraiment. J’ai découvert le design par erreur, en visitant les écoles à Paris : j’ai fait la découverte de l’ENSCI- Les Ateliers. Je ne savais pas vraiment à quoi cela pouvait servir à la fin, quel métier je pourrais avoir, mais cet endroit, cette liberté, cette générosité a trouvé un écho chez moi.

Les inRocKs : Tous les champs du design vous intéressent-t-ils ?

Benjamin Graindorge : J’essaie de tenir une activité protéiforme : ce qui m’intéresse, c’est la création. Si je pouvais éviter de me spécialiser… Je tiens à faire du design industriel, de l’édition, de la recherche, travailler avec des galeries et même faire des films d’art contemporain. J’ai même travaillé sur des costumes d’une pièce de danse : j’essaie de ne pas choisir car tout m’intéresse. L’amorce, l’intuition, l’émotion qu’on a comme point de départ est identique pour moi, que ce soit pour un objet industriel ou un spectacle dansé.

Les inRocKs : Comment pourriez-vous décrire votre approche ?

Benjamin Graindorge : Je dessine énormément. Au début, les croquis ne ressemblent à rien, ils n’ont aucune destination. Ce sont plus des dessins d’émotion, des formes. Petit à petit, ils finissent par répondre à des fonctions, des usages, des besoins et des commandes, et par décantation, je vois apparaître une réalité.

Les inRocKs : Quelle est votre vision du design ?

Benjamin Graindorge : La première chose c’est l’usage mais c’est une chose qu’il faut très vite évacuer car c’est le minimum. Une autre chose auquel il ne faut plus penser, c’est l’écologie, qui est évidemment à intégrer à son travail. Travailler des matériaux propres m’intéresse assez peu : néanmoins, des objets qui durent vraiment et se réparent est pour moi indispensable : il faut supprimer ou réduire l’obsolescence. Après, j’essaie de mettre un peu d’émotion, de saveur dans mon travail, que je considère expressif.

Les inRocKs : Comment travaillez-vous ?

Benjamin Graindorge : Je suis seul, mais je m’associe à des gens. Pour pouvoir travailler dans tous les sens et dans tous les domaines, j’ai besoin de cette solitude, car elle me rend libre et souple. Quand je collabore avec Ymer & Malta, c’est vraiment une association avec la galeriste. Il en va de même quand je fais des meubles, je réfléchis avec des artisans et des maisons d’édition. Même quand je travaille avec Cinna, je discute avec Michel Roset, ce n’est pas une commande, je ne fais pas qu’envoyer des dessins et attendre que cela soit prêt.

Les inRocKs : Qu’est-ce qui vous a poussé en tant que jeune designer à vous inscrire aux Audi talents awards ?

Benjamin Graindorge : J’ai participé à la deuxième édition, juste après mon diplôme. A l’époque il n’y avait pas la même dotation et les mêmes enjeux, mais c’était l’un des rares concours où la recherche importait. Quand je suis sorti de l’école, j’ai voulu apprendre mon métier en travaillant pour d’autres designers. Le soir et le weekend, j’avais toujours mon activité qui était plutôt un hobbie, mais le fait de travailler pour d’autres me permettait d’être libre de faire des choses plus pointues. Ce genre de concours m’intéressait car ce n’était pas lié à une sorte de besoin : c’était à l’époque très rare.

Les inRocKs : Avez-vous senti un avant et un après votre victoire aux Audi talents awards ?

Benjamin Graindorge : On a toujours le fantasme de rock star du « moment qui va changer votre vie » : c’est néanmoins une addition de petites choses qui entraînent une révolution. C’est en gagnant des concours que mon travail a changé, est devenu plus compréhensible. Cela m’a permis aussi de rencontrer des gens. Pour les jeunes designers qui gagnent maintenant, c’est beaucoup plus fort, beaucoup plus net.

Les inRocKs : En ce moment, vous avez des projets sur des domaines différents ?

Benjamin Graindorge : Je travaille actuellement sur un aménagement de boutique pour une marque de Cognac, je fais de l’architecture d’intérieur et du mobilier. Je réalise des recherches sur la galerie, je vais aussi mettre en place une exposition sur mon travail, je rentre du Japon où j’ai montré un film…

Les inRocKs : Comment imaginez-vous la suite de votre carrière ?

Benjamin Graindorge : Je veux continuer à faire la même chose. J’ai beaucoup de chance. Si j’ai une envie, c’est celle de faire plus de projets globaux, comme dessiner un hôtel, de l’architecture à la poignée de porte. J’aimerais aussi plus me pencher sur le design industriel. Pour l’instant je travaille beaucoup pour des gens qui me ressemblent, avec les mêmes envies et attentes, maintenant j’aimerais bien travailler pour mes oncles, mes parents, bref, imaginer des choses plus lisibles.