Au Palais de Tokyo, du 21 juin au 14 juillet 2019

Les lauréats Audi talents 2018 exposent au Palais de Tokyo

En 2018, le jury Audi talents, composé de Paula Aisemberg, alors directrice de la Maison Rouge, Christophe Chassol, compositeur et réalisateur, Vittoria Matarrese, directrice de la programmation des arts performatifs au Palais de Tokyo, et Felipe Ribon, designer, a récompensé l’audace de leurs trois projets. En les distinguant, ils leur ont donné les moyens de les réaliser, puis de les exposer. Du 21 juin au 14 juillet, Marielle Chabal, Grégory Chatonsky et Léonard Martin présentent leurs trois visions dans le cadre d’une exposition collective « alt+R – Alternative Réalité », au Palais de Tokyo, à Paris.
Commissariat : Gaël Charbau.

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Le mot du commissaire

Jeu de mot sur les faits dits « alternatifs » qui ont envahi les médias et la communication de notre époque, l’exposition « alt+R – Alternative Réalité » nous rappelle que l’imaginaire demeure le pouvoir des artistes, non pas pour falsifier le réel mais bien pour en proposer des lectures plurielles, au service de notre émancipation et du rafraîchissement de nos horizons. Lauréates du programme Audi talents, les trois installations présentées au Palais de Tokyo sont des voyages prospectifs dans l’Histoire et les histoires qui façonnent notre époque, celles des nouvelles technologies, des discours sur l’art et d’un avenir affamé de science et de fiction politique.

Gaël Charbau
Commissaire de l’exposition

Gaël Charbau est critique d’art et commissaire d’exposition, actif en France et en Asie. Il a fondé en 2003 la revue Particules, dont il a été rédacteur en chef pendant sept ans. Engagé auprès de la jeune scène française, il était le directeur artistique de Nuit Blanche 2018. Il organise régulièrement des expositions en Europe et en Asie et collabore avec différentes institutions et mécènes : le Collège des Bernardins, le Palais de Tokyo, la Friche la Belle de Mai, l’Institut Français, la Fondation d’entreprise Hermès, Emerige Mécénat…. Il est conseiller artistique pour Universcience (Palais de la découverte et Cité des sciences). Gaël Charbau collabore avec Audi talents depuis 2013. Il a ainsi été le commissaire des expositions collectives des lauréats Audi talents : Chroniques Parallèles au Palais de Tokyo (Paris) et à la Friche la Belle de Mai (Marseille), Résidence Secondaire au MAMO (Marseille), Parapanorama au Palais de Tokyo (Paris) et co-commissaire de l’exposition anniversaire des 10 ans du programme à la Galerie Audi talents. Il a également été le commissaire d’En attendant Mars, de Bertrand Dezoteux, artiste lauréat 2015, également présenté à la Galerie Audi talents (Paris).

Al Qamar, de Marielle Chabal

Marielle Chabal évoque dans ses œuvres le rôle social de l’art, les possibilités offertes par l’engagement collectif. Écrivaine et plasticienne, elle développe des fictions littéraires qui donnent lieu à des formes sculpturales, picturales, musicales et cinématographiques. En juin 2019, elle propose une étape narrative à son projet au long cours Al Qamar

Au travers d’un film expérimental et semi-documentaire, elle relate les différents enjeux de l’installation de la communauté fictive libertaire d’Al Qamar – une communauté d’Occidentaux venus établir leur cité en 2024 sur les restes d’une base militaire israélienne, aux alentours de Jéricho, en Palestine. Le film décortique les pratiques, les espoirs et les erreurs commises par cette communauté : le projet utopique de l’artiste se transforme en effet en dystopie politique, intégrant sa propre critique.

« En deux mille vingt-quatre, quelques mois après le « Reset », des milliers de personnes se sont rassemblées dans la ville d’Al Qamar où les nuits s’enflamment et les jours défilent dans des dispositifs communautaires entre rejet du capitalisme, négation du modèle familial, sexe, musique électronique et partages des tâches », explique l’artiste.

Chemin de traverse, option pour d’autres façons de penser le monde, le rapport au travail ou le vivre-ensemble, Al Qamar est une utopie mise en forme par l’artiste avec la communauté qu’elle a créée autour de son projet. Ici, comme dans l’ensemble de ses œuvres, Marielle Chabal fait appel à plus d’une centaine de talents pour concevoir les formes qui dessinent ce monde alternatif.

Son exposition s’ouvre sur les maquettes des architectures de la cité fictive d’Al Qamar, celles qui ont été utilisées pour tourner un film à l’écriture singulière, des bâtiments qui apparaissent comme des personnages et pas simplement comme arrière-plan. En personnifiant ainsi les agents de l’urbanité de la cité d’Al Qamar, l’espace n’est plus un décor mais un outil producteur de significations, de manières de vivre différentes.

La cité y est présentée en trois parties entremêlées : le quotidien de la communauté qui l’habite, ses architectures personnifiées qui débattent des enjeux et problématiques soulevés par les dispositifs de la communauté et enfin les témoignages d’acteurs engagés dans les milieux culturels et politiques des territoires israélo-palestinien, complices de la fiction, sous forme documentaire.

A cette production s’ajoutent différents éléments documentant l’histoire de la communauté : murs d’affiches, costumes, maquettes et autres résidus de tournage. L’ensemble de ce dispositif montre la capacité de la fiction à participer à la reformulation de nos vies, un message martelé par les différentes productions de cette artiste à l’œuvre protéiforme.

Entretien : Marielle Chabal nous parle d’Al Qamar, ici

Photos :  Al Qamar courtesy de l’artiste, vues 3D courtesy de l’artiste et Studio Levy

Marielle Chabal

Née en 1989
Vit et travaille à Paris

cargocollective.com/mariellechabal
A 30 ans, Marielle Chabal a déjà beaucoup de voyages derrière elle. Elle a grandi entre Paris et l’océan, avec une escale à Damas, avant de suivre une classe préparatoire littéraire au lycée Fénelon, à Paris, puis des études artistiques à Nice et à Londres. Elle a passé l’année de ses 18 ans à Nouméa. Elle file, depuis 5 ans, d’une résidence artistique à l’autre, en France mais surtout « à l’étranger » : au Monténégro, en Angleterre, en Norvège, en Inde et plus récemment en Palestine, à Jéricho, grâce au programme de résidence El Atlal, de Karim Kattan.

Terre Seconde, de Grégory Chatonsky

Générée à partir de millions de données – images, textes et sons – trouvées sur internet, Terre Seconde de Grégory Chatonsky, artiste captivé par les champs imaginaires ouverts par le digital, prend la forme d’une installation évolutive.

Terre Seconde est une autre Terre, une planète de remplacement, un vaisseau dérivant dans le silence de l’espace, l’hallucination d’une machine insensée, un monument dédié à la mémoire de l’espèce humaine éteinte. Un autre monde créé par un réseau récursif de neurones, habituellement nommé « intelligence artificielle ».

Initié il y a plus d’un an à la suite d’expérimentations sur des logiciels de « deep learning », le projet de Grégory Chatonsky s’est nourri du constat que « la machine devenait capable de produire automatiquement une quantité phénoménale d’images réalistes à partir de l’accumulation des données sur le Web. Ce réalisme ressemble au monde que nous connaissons, mais n’en est pas la reproduction à l’identique. Les espèces se métamorphosent les unes dans les autres, les pierres mutent en plantes et les rivages de l’océan en des organismes jamais vus ». Résultat : cette « seconde » Terre, une réinvention de notre monde, produite par une machine qui s’interroge sur la nature de sa production.

A partir d’une base de données de millions d’images, elle crée sa propre représentation de la planète minérale. Grégory Chatonsky, par le même procédé d’accumulation de données et d’analyse statistique, lui donne ensuite les fluides, les plantes, le son, la parole et des organismes pour peupler sa surface. Un monde à « visiter » dans une exposition que l’artiste a imaginée pour être évolutive : une structure modulaire accueille chaque jour de nouvelles sculptures aux étranges formes organiques imaginées par la machine. Rêve dans un rêve, espace dans l’espace : l’installation doit, pour Grégory Chatonsky, « rendre sensible l’ambiguïté de cette imagination artificielle qui doute radicalement de son statut.

Entretien : Grégory Chatonsky nous parle de Terre Seconde, ici

Photos :  courtesy de l’artiste.

Grégory Chatonsky

Né en 1971
Vit et travaille à Paris et à Montréal
chatonsky.net/

Grégory Chatonsky a fait des études de philosophie à Paris I et de multimédia aux Beaux-Arts de Paris. Il a été professeur invité au Fresnoy et à l’Université du Québec à Montréal. Il travaille depuis 1994 autour de la question des technologies et en particulier d’Internet. Actuellement artiste-chercheur à l’Ecole Normale Supérieure à Paris, il a organisé avec Béatrice Joyeux Prunel un séminaire de recherche sur l’imagination artificielle et un colloque sur l’anthropocène et le post-digital. Figure reconnue du « Netart », Grégory Chatonsky a participé à de nombreuses expositions personnelles et collectives à l’étranger et en France. Il a exposé de Beaubourg à Tapei, et de Barcelone à New York ; a été en résidence à la Villa Kujoyama à Kyoto, à Colab à Auckland, à Taluen en Amazonie… En 2018, il a participé à l’exposition « Terre/mer/signal » au Rua Red à Dublin, à l’exposition « France électronique » à l’Institut Supérieur des Arts de Toulouse. En février 2019, l’exposition « Je ressemblerai à ce que vous avez été » a été accueillie par Les Tanneries – Centre d’art contemporain à Amilly.

Picrochole – Le Rêve de Paul, de Léonard Martin

Avec Picrochole – Le rêve de Paul, Léonard Martin donne son interprétation de la bataille de San Romano peinte au 16e siècle par Paolo Uccello. Passant de la littérature à la vidéo, des arts savants aux arts populaires, Léonard Martin revisite l’œuvre du maître italien dans un film mettant en scène trois cavaliers géants réalisés lors de sa résidence à la Villa Médicis, à Rome.

Film de marionnettes, au croisement de l’histoire de la peinture, de la littérature et de la culture populaire, Picrochole – Le rêve de Paul (référence au belliqueux monarque de Rabelais et au prénom du peintre italien) lance des ponts entre les époques et les formes.

Diplômé de l’École nationale supérieure des Beaux-Arts de Paris et du Fresnoy-Studio national des arts contemporains, le jeune artiste approfondit avec cette nouvelle proposition les rapprochements qu’il opère depuis quelques années entre les disciplines et en particulier, la littérature, la peinture et le cinéma. S’inspirant ici de la bataille de San Romano peinte par Paolo Uccello vers 1456, il en reformule les enjeux esthétiques en empruntant aux codes de la culture populaire du carnaval, de l’esthétique du jeu vidéo ou du jeu de rôle.

L’installation nous conduit à trois écrans synchronisés (reflets des trois volets dispersés du tableau d’Ucello) qui diffusent le film réalisé par l’artiste lors de sa résidence à la Villa Médicis. En combat, en errance ou en ronde, on y suit les déambulations, dans les jardins de la Villa et dans les rues de Florence, de trois marionnettes géantes (7 mètres de haut) figurant les chevaliers du maître italien. Au centre de l’espace, Léonard Martin présente « Circo Uccello », une pièce composée de cinq automates, modèles réduits des cavaliers de Paolo Uccello.

En juxtaposant l’invention de la perspective de la Renaissance italienne et la représentation du mouvement du peintre florentin aux nouveaux regards portés sur le corps et le paysage à l’ère numérique, Léonard Martin offre un dialogue ludique entre les époques et prend l’autoroute des télescopages stylistiques dans une jouissive liberté stylistique.

Avec la participation de :
L’Institut français d’Italie / Ambassade de France en Italie
La Fondation Teatro della Toscana
L’Académie de France à Rome – Villa Médicis
Avec le soutien de : La Fondation Nuovi Mecenati

Entretien : Léonard Martin nous parle de Picrochole – Le Rêve de Paul ici

Photos : Paul Nicoué

Léonard Martin

Né en 1991
Vit et travaille à Paris et à Rome
leonardmartin.fr

Léonard Martin a été formé à la peinture et au dessin dans l’atelier de François Boisrond, aux Beaux-Arts de Paris, puis au Fresnoy où il a remporté à chaque fois les félicitations du jury. Inspiré par l’Ulysse, de Joyce, son projet de 2e année a été récompensé par le prix de la Révélation art numérique et art vidéo de l’ADAGP (société des artistes auteurs plasticiens) en septembre 2017, et montré à La Villette en avril 2018. Il a été exposé à la biennale de Guangzhou en Corée en septembre dernier. Sélectionné à la Bourse Révélation Emerige, son travail a été présenté à la Villa Emerige (Paris) en novembre 2018. Depuis septembre 2018, Léonard Martin est pensionnaire à la Villa Médicis à Rome.