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Accompagner l’art contemporain : rencontre avec Gaël Charbau 

Gaël Charbau est commissaire d’expositions et critique d’art indépendant. Il accompagne le programme Audi talents awards depuis quatre ans dans le domaine de l’art contemporain. Curateur de l’exposition « En attendant Mars » à la Galerie Audi talents, il raconte ce projet poétique de Bertrand Dezoteux et plus largement l’évolution du programme d’accompagnement en art contemporain qui a vu le jour il y a dix ans…

Quelle est la spécificité du programme Audi talents awards en art contemporain ?

La spécificité par rapport à d’autres programmes, ce sont les moyens mis en œuvre qui permettent aux artistes de réaliser un projet ambitieux. Cette aide est financière mais aussi humaine car nous suivons de près tous les lauréats. Depuis quelques années, nous accompagnons beaucoup de projets vidéo qui engendrent des moyens matériels et humains importants assumés par le programme.

 

Comment avez-vous vu évoluer le programme ?

Il s’est beaucoup densifié, en terme de suivi, de communication et de visibilité grâce à des expositions. Ce qui a évolué c’est aussi la stabilité de l’équipe, des personnes qui accompagnent ce programme depuis quelques années et qui ont une vue d’ensemble qui permet de prendre une direction cohérente. Nous nous mettons véritablement au service de l’art et de ses talents et n’essayons pas d’apposer une marque sur quelque chose d’existant.

 

Le programme est enrichi cette année d’une galerie. Vous êtes commissaire de l’exposition actuelle « En attendant Mars ». Pouvez-vous la présenter ?

Le point de départ de cette exposition est une expérimentation scientifique qui s’est déroulée durant 520 jours dans la banlieue de Moscou et qui cherchait à comprendre comment pouvaient se comporter six cosmonautes embarqués dans un voyage vers Mars. Bertrand Dezoteux s’est rendu sur place avec l’aide du CNES, où il a tourné un documentaire, exposé au rez-de-chaussée de la Galerie Audi talents. A partir de cette matière première, il a réalisé des maquettes en carton habitées de marionnettes qui reconstituaient cette capsule et en a tiré un film d’animation dans lequel les marionnettes rejouent certaines des scènes vécues par les cosmonautes.

 

Pourquoi avoir choisi des marionnettes comme médium pour s’exprimer sur cette aventure ?

Les marionnettes proposent une tranche de vie de ces « cobayes » qui vivent dans cette capsule en lambris, un environnement étrange alors que l’on s’attend à découvrir un univers ultra technique en aluminium pour mener ce type d’expérience. Cet univers, lui aussi décalé, a titillé la curiosité de Bertrand qui a reconstitué leur étrange quotidien, avec ses marionnettes.

Elles donnent beaucoup d’expressivité en produisant des moments inattendus et nous permettent de nous projeter nous-mêmes dans ces scènes. C’est la force des marionnettes. Bien que leurs visages ne soient pas animés, nous les investissons de nombreux sentiments, ce qui rend le film de Bertrand bien plus profond qu’une simple « reconstitution ». Nous glissons ici vers une oeuvre poétique, qui va chercher chacun de nous dans ses projections, dans ses rêves, mais aussi aussi peut-être dans ses angoisses…

Le projet dans son ensemble est un véritable Ovni, assez différent des codes habituels de l’art contemporain. L’exposition fonctionne un peu comme une succession d’ellipses. C’est au spectateur qu’il appartient de reconstruire et d’inventer les histoires qui peuvent s’appuyer sur tous les éléments que Bertrand à mis en place, en restant à la fois fidèle à l’expérience d’origine, mais en la décalant suffisamment pour que chacun en fasse une histoire intime et universelle.